Chapitre XI – Sid – Serbie

Sid.

Nous avons quitté Belgrade avec une autre volontaire pour nous rendre à la frontière serbo-croate à proximité de la petite ville de Sid. Après un trajet de 2 heures, nous sommes arrivés à l’endroit où nous avons été accueillis par Aleksandra, responsable du groupe humanitaire de la “Tchèque-team” de l’ONG “People In Need”.

 

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J’avais rencontré Aleksandra une semaine plus tôt dans une réunion à Belgrade concernant la situation des réfugiés à la frontière et j’étais désireux d’en savoir plus sur leurs conditions là-bas maintenant que ces frontières étaient fermées … D’une certaine manière, je m’attendais à ce que la situation soit pire que cela, plus chaotique …

Aleksandra m’a raconté les détails des conditions humanitaires des réfugiés durant les dernières semaines. Ils me semblaient avoir reçu un bon traitement. Sur les camps qui restaient dans Sid, nous opérions à Adasid, un motel et un garage près d’une station-service sur la route E70 menant à Zagreb et à Presovat qui était un ancien hôpital construit près de la forêt qui a été transformé en un lieu pour les réfugiés maintenant coincés là.

Maintenant que la frontière était fermée, personne ne pouvait plus aller de l’avant … Tous les migrants étaient bloqués là sans savoir quoi faire, où aller, quand partir etc. Ce qui m’aurait rendu extrêmement inquiet. Pourtant jusqu’à présent, ils semblaient bien s’acclimater à cette situation délicate et je les trouvais plus relax et calmes que prévu. Le fait qu’ils restent dans des bâtiments appropriés et approximattivement propre devait les aider à ne pas devenir fous et à essayer quelque chose de bête. Pourtant, nous pouvions voir des taxis aller et venir pendant la journée, ce qui signifiait que, même avec les frontières fermées, les gens continuaient à traverser, en utilisant des passeurs et les trafficants au lieu de la voie officielle.

Les camps étaient moins peuplés jour après jour … Les gens s’en allaient.

Seules les grandes familles restaient là, bloquées … Ne pouvant progresser davantage en raison des enfants ou du manque d’argent. Cela ne signifiait pas pour autant que nous n’ayons rien à faire, loin de la … En fait, c’était même le contraire, alors que les gens dans l’organisation étaient sur le point de quitter l’endroit. Nous avions besoin de jouer avec les enfants tous les jours. Nous devions régler les différents problèmes des familles, etc. Supprimer et nettoyer tous les aires de stockage (que l’organisation utilisait depuis 5 mois) afin d’envoyer les vêtements et les dons à Idomeni où ils étaient plus nécessaires.

Les derniers jours à la frontière ont été étranges et tristes, car je savais que j’allais retourner en Europe de l’Ouest, en France … Et j’avais tout, sauf envie de perdre mon but, revenir au confort, au moderne et soi-disant “monde civilisé” … Et je ne voulais pas … Je ne pouvais plus faire face à l’ignorance, après avoir connu le désordre que mes pays répandaient autour d’eux …

Je me sentais mourir en passant, à rebours, les frontières … sans aucun problème “moi”… En retournant triste et déprimé vers l’Europe, toutes les personnes que j’ai rencontrées et aidées étaient avec moi mais ne pouvaient traverser …
Situation ironique ….

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Chapitre IX – Dimitrov Grad – Serbie

Dimitrovgrad, Serbie

C’est le moyen le plus simple … La sortie la plus proche de l’enfer Bulgare situé à 40 km à l’est de Sofia, aux frontières serbes. La petite ville de Dimitrovgrad est le premier endroit où les réfugiés s’échouent après avoir traversé illégalement la frontière bulgare pour entrer en Serbie. Plus village que ville, l’endroit est installé dans une vallée, entouré de collines et de montagnes. La seule spécificité de la ville était sa gare et sa station de police qui a fait de l’endroit, le premier point de contrôle, le premier «camp» en Serbie.

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Les réfugiés venaient à Dimitrovgrad, la plupart à pied, mais certains d’entre eux arrivaient par des taxis (aidés à atteindre Dimitrovgrad via un restaurateur local qui a été le premier à être en contact avec eux après leur traversée forestière.) Étonnamment, l’homme avait passé dix ans à travailler en Libye et pouvait parler l’arabe, ce qui le rendait très utile pour les migrants. Et il laissait les voyageurs faibles et épuisés se reposer dans son restaurant et manger quelque chose avant de partir pour Dimitrovgrad.

 

 

Et bien sûr, il était en difficulté avec la police … Il m’a raconté son histoire dans le langage corporel universel : «police» «mauvais» «troubles» … Pas besoin de plus d’explications, je savais de quelle histoire il s’agissait et, d’une certaine manière, cela m’a rendu triste de réaliser à nouveau qu’on commence toujours à être en difficulté une fois qu’on commence à aider et à être humain …

 

 

Et nous avons été confronté à de nombreuses reprises à des accusations de trafic d’êtres humains alors que nous conduisions des réfugiés du camp à la gare ou du centre-ville au camp etc . J’ai compris et vraiment pris la responsabilité de mes actes et je discutais avec beaucoup d’autres bénévoles à ce sujet … Pour certains, c’était vraiment irresponsable et risqué et je le comprenais aussi … En tant que membre d’une ONG, vous ne pouviez pas faire tout ce que vous vouliez, car l’organisation était en quelque sorte responsable de vos actions, de sorte que des actes inconsidérés pouvaient mettre toute l’affaire en difficulté. Mais en prenant cette responsabilité par nous-mêmes, nous assumions d’agir en tant qu’individu et non comme membre d’une organisation, car parfois il vaut mieux faire les choses par soi-même.

Et ici, à Dimitrovgrad, les autorités étaient plus fortes, moins faciles que les autres endroits où je travaillais.

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Le point de contrôle était mené par la police et les ONG n’étaient pas autorisées à entrer dans le camp … Quelques-unes (toujours les plus grosses avec plus d’argent) ont été autorisés à fonctionner autour du poste de police, ou le camp précaire et la zone d’enregistrement ont été installés. Les autres groupes comme Praxis, le Conseil des réfugiés danois, Info Park où I’m Human Organisation (dont je faisais partie) ont dû attendre et fonctionner en dehors de l’endroit … Nous étions debout sur les clôtures, en regardant ces personnes être vérifiées, estampillées, enregistrées, envoyées au camp et renvoyées en Bulgarie ou autorisées à continuer… et tout cela se passait devant nous … sans que nous ne puissions rien faire. La plupart du temps, nous attendions que les réfugiés viennent nous rencontrer à la porte (s’ils y été permis) afin de connaître leurs besoins, leur histoire, etc…

 

 

Nous leur apportions les produits demandés, tels que les vêtements, les médicaments, les aliments, etc. … en travaillant de manière étroite et efficace avec les gars de l’organisation Praxis.

 

 

Au moment où je rencontrais i’m Human Organisation pour la première fois, ils fonctionnaient encore à l’extérieur du camp, installés dans une petite camionnette comme la mienne qui était réorganisée en petit conteneur de dons. C’était inhumain de travailler de la sorte avec ce climat merdique à Dimitrovgrad … jours pluvieux, vent froid et nuit gelée … Mais, lorsque je suis arrivé e tant que bénévole avec eux une semaine après, Tarek (le chef des opérations est fondateur de l’organisation) ait réussi à apporter un conteneur digne de ce nom et à mettre en place un espace de stockage efficace, une zone de collecte et tout le nécessaire pour l’organisation.

 

 

Et l’ONG avait également un groupe de bénévoles impliqué … Le siège de l’ONG était une maison près de la gare de Dimitrovgrad où les bénévoles pouvaient se rassembler, manger et se reposer. Au moment où je travaillais là-bas, nous étions 8 volontaires, venant de Bosnie, Hongrie, Argentine, Pologne, Italie, Allemagne, Serbie … et en France. Comme je ne voulais pas les déranger avec la question du logement j’ai passé tout le temps à dormir dans la fourgonnette comme j’en avais l’habitude. Je pourrais dire maintenant que je peux m’habituer à tout type de situation précaire et à dormir presque dans toutes les conditions, presque partout … et c’était rude parfois car les températures étaient assez faibles la nuit et le temps était merdique a souhait … Je passais de complètement mouille à complètement gelé. Certains “shifts” du matin étaient si froids que vous pouviez à peine bouger les doigts ou ressentir vos pieds.

 

 

Pourtant, nous nous occupions et nous poursuivions, en conseillant les réfugiés, les accompagnant tout au long de leur processus, depuis l’arrivée du camp jusqu’au départ de la gare pour ceux qui pouvaient passer par la Serbie et continuer leur voyage.

 

 

Le train de Dimitrovgrad allait à Belgrade, en passant par Nis et était un train de 9 heures qui coûtait cher aux réfugiés (pour ceux qui pouvaient se le permettre.) Si aucun train ne partait, les réfugiés «autorisés» à aller de l’avant pouvaient prendre le bus qui coûtait encore plus cher. Mais de toute façon, soit en train soit en bus … de moins en moins de réfugiés étaient autorisés à continuer … Quelques-uns (seuls des Syriens et des Irakiens) continuaient à traverser en toute sécurité …

Les autres, les Afghans, les Pakistanais, les Marocains, les Iraniens, etc. été renvoyé immédiatement en Bulgarie.

Et la situation s’aggravait, et même si nous essayions vraiment de les aider à passer, nous ne pouvions voir aucune amélioration … aucun espoir qu’ils atteignent leur objectif. Et je me sentais mal de ne pas leur dire que les choses allaient s’améliorer … de ne pas pouvoir mentir ….

 

 

Nous étions aussi perdus qu’eux, nous ne pouvions leur dire ce qui se passait, leur donner des informations sur l’évolution des choses car tout était également flou pour nous. Et j’ai quitté la ville avec peu d’espoirs, mais toujours, en allant à l’étape suivante de mon voyage; Le tournage de la vidéo musicale pour le groupe macédonien Khara qui composait également la bande sonore de ce documentaire, puis Belgrade, la capitale de la Serbie.

Chapter VIII – De Turquie à Bulgarie

Göreme

J’ai quitté Gaziantep un dimanche matin pour me diriger vers Göreme sur ma trajectoire en direction d’Istanbul.
Sophie, Angélique, Sabina, Ayshegul et d’autres amis de Turquie m’ont déjà parlé de l’endroit et fortement conseillé de m’y arrêter ne serait-ce qu’une matinée. Effectivement … Une matinée perdue dans les paysages splendides de la Capadoque vaut tous les trésors du monde … Ces maisons centenaires construites dans les roches, ces grottes et ces montagnes volcaniques m’ont fait tenir debout sur une autre planète, en quelque sorte perdu entre une scène de la guerre des étoiles et d’un film documentaire sur la conquête martienne.

Et les montgolfières volaient à l’aube … Comme d’habitude, après les premiers rayons verts, les ballons montaient et se perdaient dans le ciel tandis que moi, je me laissais errer dans les vieux villages rocheux.
Il semble que l’endroit ait été gelé dans le temps, piégé dans la roche comme une sculpture figée. Une pièce maîtresse de l’art de la terre … Une œuvre mixte de la nature et de l’humanité qui reste … Immobile, fragile et belle.

Istanbul

Je suis arrivé à la ville millénaire assez tard après un long trajet …
La ville et son agglomération doivent couvrir 20 km au moins et j’ai dû conduire pendant 2 heures avant d’atteindre enfin le centre-ville d’Istanbul. Lumières blafardes et flashs fluorescents, mosquées et bâtiments centenaires scotchés sur l’horizon sombre, créant un filigrane cubique dans le ciel … Comme une nouvelle voie lactée bruyante et criarde.

Une galaxie était installée ici pour faire briller et glorifier le monde musulman …
Tous ces monuments, mosquées, églises et châteaux se trouvent ici, dispersés dans la ville millénaire comme un rappel du passé. Une preuve de l’ancien passage de toutes les civilisations qui ont Regis la région à partir de ce point spécifique.
Et la ville est vieille … D’une certaine manière, j’ai ressenti moins de liberté que je l’ai vécue à Izmir où les autres villes plus “moderne” en Turquie et je comprends pourquoi Atatürk a changé de capitale officielle lorsqu’il est venu réorganiser le pays au XXe siècle: Istanbul est trop ancienne, la ville a un passé trop vaste et une histoire trop lourde qui l’empêche d’avancer efficacement.

C’est un peu comme si toutes les civilisations, souvenirs et traditions, s’étaient cristallisées sur chaque carré, chaque parc, chaque bâtiment et rue, et il serait fou de vouloir transformer ces vestiges encore une fois …
Et on peut sentir que l’esprit est différent des villes occidentales du pays … La religion est beaucoup plus impliquée dans tous les aspects de la vie quotidienne. Et la reconnaissance (différenciation) des étrangers sont de fait, plus palpable. Bien que je n’eusse pas été opprimé et que je pouvais parcourir la ville autant que je le voulais, je sentais le poids des regards sur moi ….

Kan, un bénévole d’Izmir m’a accueilli pendant un moment, il m’a montré les lieux et les organisations qui pourraient m’aider à propos de mon projet. J’ai été un peu surpris quand j’ai vu si peu d’accueil de leur côté, si peu de compréhension que les autres ONG ou groupes avec lesquels j’ai travaillé. Ils n’étaient pas grossiers ou quoique se soit, mais je ne les intéressais pas du tout et j’ai eu l’impression de perdre mon temps … Peut-être qu’ils étaient trop occupés à faire face aux réfugiés dans la ville … Peut-être qu’ils ont tout simplement trop de pression administrative ou que sais-je … Mon sentiment était juste un peu froid.
Pourtant, j’aimerais revenir là-bas pour aider et enseigner dans ces écoles pour réfugiés comme je le faisais à Gaziantep.

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Bulgarie

J’ai traversé la frontière tôt le matin … Je ressentais une tension en Turquie… Ici aussi, mais pas la même … D’une façon ou d’une autre, rien ne s’est passé lorsque j’ai traversé la frontière. Je m’attendais à d’interminables problèmes comme d’habitude, mais rien … Je sentis l’indescriptible un peu après, alors que je traversais la campagne déserte près de la frontière … Les voitures de police patrouillant tranquillement, des clôtures dispersées ici et là mais pas de migrants … Personne …
J’ai senti le pouvoir muet de la désinformation et de la pression qui mentaient sur ces terres: c’était comme si rien ne se passait.
Absolument rien, comme si le gouvernement voulait que les gens pensent que rien ne se passait, mais je pouvais presque entendre les bottes craquer sur les branches dans les forêts … Je pouvais presque voir les abris cachés abandonnés où les migrants «illégaux» passaient quelques moments de soulagement avant de marcher à nouveau.

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Restez silencieux … Continuez à marcher … Évitez la police… Continuez à bouger … Lentement, doucement ne pas être vu et attrapé.
J’ai parcouru le pays en passant par la ville d’Harmanli où l’un des seuls camps de réfugiés était censé être … Je cherchais … En vain … Encore rien … Ensuite, je suis allé à la capitale, Sofia, où je pensais trouver des informations sur la situation du pays.
Tzvetko, un coordinateur humanitaire dans le pays, m’accueillit chez lui, à son deuxième appartement qui lui servait de lieu de stockage pour ses dons.

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Tzvetko était un homme occupé.
D’une façon ou d’une autre, il connaissait toute la situation des réfugiés dans le pays. Et il était clair que je ne pouvais rien faire pour aider (car je devais demander des autorisations aux autorités gouvernementales et passer au travers de trop nombreux processus douloureux et ennuyeux). Néanmoins, il m’a donné beaucoup d’informations pour que je puisse comprendre la situation dans la ville. Je suis allé à Ovcha Kupel et Neuva Rampa, deux endroits à Sofia, où les migrants ete tenus de rester, isolés, à la limite de l’emprisonnement, le temps pour le pays de comprendre ce qu’il fallait faire avec eux.
Ces «camps» qui ressemblent davantage à des prisons …

 

Les bâtiments s’effondraient, les structures étaient vieilles et rouillées, les fenêtres n’étaient plus … Et je n’étais pas surpris quand j’ai entendu que les lieux étaient plein à craquer … Au moins, semblait-il que les réfugiés étaient traités avec plus d’humanité, moins de colère qu’ils ne l’avaient été aux commissariats de police.
J’ai rencontré deux d’entre eux et nous avons discuté ensemble pendant un certain temps. Comme je m’en doutais, la plupart d’entre eux avaient été battus par les flics, poursuivis dans les forêts par des patrouilles, etc. Certains d’entre eux avaient été capturés par villageois et envoyés à la police après avoir été volés … J’ai même entendu parler de certains Bulgares lançant des safaris dans les forêts pour chasser les migrants … Le plus terrible était le fait qu’ils étaient fiers de leurs atrocités et publiaient des photos sur les réseaux sociaux, etc.

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Et encore plus terrifiant … Il me semblait que les gens en étaient heureux et fiers …

Il était logique que tous les réfugiés à Sofia voulussent partir … Soit en Serbie, soit en Roumanie, soit en Turquie … N’importe où ailleurs que la Bulgarie.

Chapitre VII – Gaziantep – Turquie

Le trajet entre Izmir et Gaziantep me demanda 2 jours de conduite et je passai par la côte, traversai les villes d’Antalya et de Mersin ou d’autres camps étaient installés … Je traversai des montagnes rocheuses, des plages aux végétations luxuriantes, perdues sur les routes côtières qui suivent la courbe des terres qui tombent dans la mer Égée ….

Je dormais par coups de siestes de 3 heures, pour continuer à bouger et ne pas perdre le rythme … La Turquie est un pays énorme … et de le traverser me demanda de longues heures de conduite …

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Je suis arrivé à l’école à Gaziantep en fin de soirée … J’étais séché, crevé et puant: la seule chose à laquelle j’avais besoin été d’une douche et d’un lit. Je m’écroulai après ma rencontre avec Sabina, la fondatrice de l’école de la paix, le “Salam” School.


Sabina avait 35 ans et une montagne d’énergie à revendre … Ce qu’elle a essentiellement fait, c’était de louer un appartement ici pour accueillir des amis Syriens fuyant la guerre, puis, lorsqu’ils se rendirent compte qu’ils avaient ensemble la possibilité de partager leurs connaissances et de répandre leur bonté dans le quartier, ils commencèrent l’incroyable défi de construire une école des réfugiés par eux-mêmes.

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Un projet comme celui-ci, c’était complètement fou et je ne sais pas comment Sabina faisait pour dormir, elle avait tellement de choses à penser:

– planifier les leçons de la semaine avec les différents professeurs à travers les différents étages de l’école (qui étaient ni plus ni moins les appartements du 1er, 2ème et 3ème étages du bâtiment, ré-investis en salles de classes). Chaque professeur de la “Salam” School avait des leçons différentes à enseigner au différents niveaux des étudiants, mais finalement, la plupart d’entre eux se retrouvaient à faire classe aux 150 enfants tout au long de la semaine.

– S’occuper des enfants et de leurs besoins en fonction de leur âge, de leurs classes, de leurs familles, de leur milieu social, etc. …. ce n’était pas une chose facile, la situation était complètement différente en fonction des familles et l’équipe de l’école suivait l’amélioration des étudiants et de leurs familles sur le long terme, c’était un travail tout aussi important que l’éducation des enfants. S’assurer que les élèves soient dans de bonnes conditions pour s’améliorer (rendre leur vie à la maison meilleure, faire face parfois à leurs problèmes familiaux, veiller à ce que leurs parents soient stables, etc.) était quelque chose d’important car le but de l’école était de permettre à ces enfants de devenir éduques et intelligents pour améliorer leur vie sur le long terme.

– Outre le travail de base de préparation des leçons, d’organisation des cours, etc . Nous devions nous assurer que la vie de l’école se déroule bien: Quelque chose d’incroyablement long et énergivore car il fallait s’occuper de tous les aspects de la vie scolaire: des fournitures alimentaires aux meubles de l’école, en payant le loyer pour les trois appartements, le paiement des enseignants et la résolution de leurs problèmes s’ils en avaient (ils étaient eux aussi des réfugiés), trouver de l’argent pour rendre l’école durable …

Et plus que ces tâches quotidiennes, des choses plus spécifiques que vous ne pourriez pas prédire se passaient … comme aller rencontrer de nouvelles familles, faire des profils de nouveaux enfants arrivant à l’école, de dire au revoir à ceux qui décidaient de partir en Europe avec leur famille, etc. et personnellement, passer une semaine à l’école et voir tout le travail qui devait être fait sur une base quotidienne était éprouvant … Je ne pourrais pas faire ça par moi-même.

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Mais il semble que Sabina ait l’habitue de cela, et je n’ai jamais rencontré une personne si calme, généreuse et douce, compte tenu de la quantité de questions et de tâches stressantes auxquelles elle était confrontée chaque jour.

Bien sûr, elle était entourée par l’équipe scolaire, Akran et sa famille, Éva, Laure, Shareen et tous les autres enseignants. La plupart d’entre eux vivaient dans le bâtiment dans les appartements (salles de classe qu’ils occupaient la nuit après les cours) car ils n’avaient pas d’autre endroit où aller. Ainsi, de construire et réparer la vie de ces enfants et familles, et, comme chacun vivait au même endroit, l’école de la paix était plus une grande famille qu’une école.

Bien sûr, nous avions tous notre petit espace de repos et notre bulle privée (les différences culturelles entre nous étaient fortes et je pense que la vie privée permettait de faire face à ces différences et de travailler ensemble en harmonie …)

Et j’ai aimé faire partie de cette communauté, de ce groupe de personnes magnifiques, d’amis et de frères, soeurs, épouses et enfants … C’était comme découvrir une partie de votre propre personne que vous n’aviez jamais rencontrée auparavant …

Et je pense que je n’aurais pas pu rester à Gaziantep sans leur soutien … La ville était trop intense … C’est la dernière grande agglomération avant la Syrie et, bien que, encore en Turquie, je me sentais sous pression tout le temps. La guerre se passait ici aussi …

Dans le quartier, il n’était pas rare d’entendre des coups de feu. Les gens criaient, discutaient, se battaient, etc. …. C’était une partie de la vie quotidienne et vous deviez faire avec … Vous deviez faire face à la tension … La peur d’être volé, battu ou pire … l’incertitude était aussi présente que la fumée âpre dans l’air.

Et vous pouviez sentir la pression et la présence de la guerre ici … “ils” étaient tout autour de nous, autour du quartier et de la ville, sans aucune preuve tangible de leur présence … mais nous savions qu’ils étaient là, comme des fantômes qui font leurs affaires … Tranquillement, doucement mais aussi sûrement que la prison gouvernementale dans laquelle on “les” enfermait, se tenait en face de l’école.

Et vous pouviez remarquer que la moitié des gens que vous traversez dans les rues étaient des Syrien. Ils étaient partout … Travaillant, demandant de l’aide dans les rues, vendant des cigarettes, des mouchoirs … Vivre là-bas en tant que réfugié était une lutte … De nombreuses familles ne pouvaient pas perdre leur temps dans l’éducation de leurs enfants, ils devaient travailler …

Beaucoup d’enfants avec qui j’ai parlé à l’école, travaillaient après les cours ou avaient quittes leur travail pour se concentrer sur leurs études … Et la plupart d’entre eux n’avaient pas plus de 9 ans …

Travailler 10 ou 12 heures par jour pour gagner juste assez d’argent pour survivre … Un garçon de 6 ans ne devrait pas avoir à détruire sa santé dans la fumée des entreprises et des magasins pour pouvoir grandir.

Je ne pouvais pas comprendre comment les patrons de ces magasins pouvaient dormir la nuit en employant ces enfants et en les trompant, tirant profits de leurs difficultés.

Pourtant, bien que connaissant les faits … Nous, à l’école, ne pouvions pas trop intervenir et être trop présents chez ces personnes, même si nous le voulions …

Premièrement, nous n’étions pas autorisés, deuxièmement, nous ne pouvions pas supporter tous leurs problèmes …

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L’école était principalement destinée à leur donner une l’éducation et à permettre à ces enfants d’améliorer leur vie par eux-mêmes.

Chaptitre VI – Izmir – Turquie

Premier jour à Izmir, Turquie.

Premier jour hors de l’Europe.

Après avoir traversé la frontière avec difficulté (les gardes turcs ont décidé de m’emmerder avec les papiers et documents administratifs) je conduisais 200km plus au sud, pour arriver dans la ville brumeuse.

Izmir a une population de 3 millions d’habitants, elle immensément plus grande que tout ce que j’ai vu jusqu’à aujourd’hui, je vivais surtout dans de petits endroits, les camps étant principallement localisés dans des petites villes et villages frontaliers.

Là, les choses sont complètement différentes.

Sophie, une expatriée française m’a chaleureusement accueillie dans son appartement, basée dans les quartiers sur les collines entourant la ville.
Directement, j’ai rencontré Felipe, un codeur brésilien, et Hassan, un jeune Syrien impliqué dans l’aide aux réfugiés d’Izmir. Nous avons passé la soirée ensemble, planifiant ce que nous allions faire le lendemain.

 
J’avais besoin de dormir après Lesbos … Le soir, après notre première rencontre, je m’écroulai aussi profondément qu’un mort.

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Le lendemain matin était calme, ensoleillé et revitalisant …
L’appartement de Sophie était le plus haut de son immeuble et offrait un panorama incroyable. Après un bref tour de la ville turque en compagnie de Sophie, je me sentais déjà mieux que la veille.

Nous allâmes ensuite au centre-ville en traversant la jetée du port … Passant les foules, les marchés turcs colorés et bruyants, appréciant les senteurs de la culture, les sons des traditions et la musique de la vie ….

Je me sentai étonnamment accablé par la paix, inconscient de tout, me sentant déplacé, et à la fois heureux … Quelque chose que je n’arrivais pas à m’expliquer clairement.

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Ensuite, nous avons rencontré Felipe, Hassan et d’autres personnes dans un café pour commencer nos actions de la journée. Jusqu’à présent, dans les camps, c’était les réfugiés qui venaient à nous … Ici, la situation était radicalement différente … c’était nous qui allions à la rencontre des syriens directement chez eux.

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En Turquie, les familles syriennes pouvaient rester longtemps … D’une manière ou d’une autre, traverser la mer était si cher que beaucoup étaient coincé ici depuis des années, essayant de gagner de l’argent pour payer les contrebandiers … Mais gagnant à peine pour soutenir leur propre famille.
Et nous en avons rencontré qui vivaient dans la ruine depuis des années … N’ayant rien … Désespéré, mourant aussi lentement que le bâtiment dévasté dans lequel ils survivaient.

Encore une fois, tout était différent …

Différent de la Croatie, de la Macédoine, de la Grèce. Ici, nous n’essayions pas d’aider des milliers de réfugiés à se remettre et à traverser d’un camp à un autre … Nous ne les sauvions pas d’un voyage terrible, humide, épuisant … Nous ne pouvions pas aider autant de gens, rien que de les trouver prenait du temps. Ils étaient dispersés partout.

Nos tâches étaient de trouver les familles, de parler avec eux pour connaître leurs besoins, leur plan pour l’avenir, vérifier leur condition de vie, l’hygiène, les enfants, etc. … Faire une liste … Aller à un entrepôt où se trouvaient quelques dons, aller acheter de la nourriture dans les magasins, etc. …. et ensuite revenir à la famille pour leur apporter les produits.

Il ne s’agissait pas du travail de bénévolat que je connaissait car nous aidions en fait 3 ou 4 familles par jour … Nous pouvions à peine faire plus et je me suis sentais impuissant et triste pour ces personnes qui quittaient leur pays, leur maison et leur peuple pour faire face à cette situation … Laisser une mort violente en Syrie pour en trouver une autre plus lente en Turquie …

Et ces familles sans abri, ces personnes démunies n’avaient pas d’autre choix que de travailler dans les rues, de collecter cartons, journeaux, cagettes … Vendre des cigarettes, n’importe quoi pouvant rapporte 1 ou 2 livres turque …
A peine de quoi payer le loyer … Ce n’était pas suffisant pour qu’ils vivent … La traversée à 1000 euros par tête n’était qu’une utopie pour eux.

Je n’étais deffinitivement plus en Europe … un étranger dans une puissance étrangère qui ne fait pas partie (et qui ne veux pas semble-t-il) des lois et des règles de l’UE. C’est un peu difficile d’être Européen ici, de sentir l’aversion, la méfiance du pays dans lequel vous déménagez pour vous aider.
La Turquie se fiche que vous veniez de l’UE … que vous ayez un passeport ne signifie plus rien … être Français ne fait aucune différence dans la façon dont vous serez reçu … c’est peut-être même pire en fait …

Jusqu’ici, il me semble que la Turquie ne veut rien avoir à voir avec l’Europe …

Et j’ai vu et goûté le pouvoir de sa culture, de son histoire … et oui… La Turquie est un autre monde …

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La langue, l’écriture, les couleurs, les architectures … le premier contact avec le pays est un choc … et vous apprenez l’histoire, vous apprenez à connaître la religion, cet énorme sujet dans la vie quotidienne turque qui se déroule presque dans tous ses aspects …

L’islam n’est pas seulement entendu cinq fois par jour au moment de l’Adan, lorsque la ville se met à chanter et à chuchoter de partout … des signes, des minarets de mosquées aux croissants blancs du drapeau turc affiché à presque toutes les rues des fenêtres … l’islam est omniprésent.
Le casse-tête politique du pays est également quelque chose de perturbant … Sophie m’a parlé d’Erdogan, de l’AKP, du PKK, du problème kurde, d’une guerre civile divisant le pays, sa population et sa mentalité en deux parties …
Elle m’a parlé de l’énorme histoire du pays … de sa figure légendaire: Atatürk, celui qui, révolutiona le pays après la chute de l’Empire Ottoman au début du 20ème siècle.

Et vous vous rendez compte que quelque chose diffère ici, face à l’Europe et à notre mode de vie … et vous commencez à comprendre, timidement au début … mais peu à peu, les choses deviennent plus claires, plus précises …

Et nous avons travaillé dur, tous ensemble dans la ville.
Tout était différent des travaux du camp: tout d’abord, notre groupe n’était pas enregistré en tant qu’ONG et la plupart d’entre nous avaient leur propre vie à côté, leur emploi, leur famille, leurs histoires etc. ….

A l’exception de Hassan, Felipe, Sophie et moi-même, les membres du groupe devaient travailler du lundi au vendredi et ne disposaient pas de notre temps mis a dispositons des Syriens … Pour être efficace, nous nous réunissions chaque mardi pour devions avoir une planifier la semaine. Le mercredi, nous passions la journée à rencontrer de nouvelles familles à Basmane, le quartier syrienne de la ville.

“Rechercher les réfugiés” était quelque chose de nouveau pour moi … 

Une fois que vous aviez trouvé une famille, la deuxième étape consistait à faire leur connaissance, à découvrir leur histoire, à savoir combien ils étaient, quelle était leur profession en Syrie, quand étaient-ils arrivés en Turquie et s’ils voulaient rester ou à partir et si oui avec quel argent.

Nous prenions leur numéro de téléphone, leur nom, leur âge, leurs besoins et leurs souhaits … L’ensemble du processus durait longtemps, mais il était crucial pour nous de savoir précisément de quelle manière nous pouvions les aider. Et vous ne pouviez pas vous concentrer sur plus de 6 familles par jour … et à la fin de l’après-midi, nos trois groupes arrivaient au maximum à collecter des informations concernant 10 à 15 familles, pas plus … ce qui était, honnêtement, déjà une montagne de travail à venir …

La deuxième étape était de recueillir au cours du jeudi et vendredi, les donations spécifiques que nous allions apporter à ces familles.
La liste de leurs besoins et les feuilles que nous avions remplies la veille étaient à ce moment, crucial, ce qui nous permettait d’être précis et plus efficaces dans les dons et les biens que nous leur proposions.

Une famille pouvait avoir besoin de vêtements et pas beaucoup de nourriture alors qu’une autre demandait du charbon et des médicaments … chaque situation était différente et nous allions et venions vers le soi-disant «entrepôt» pour collecter et trier les vêtements, les mettre dans les sacs, conduire jusqu’au grossiste pour obtenir le nombre précis de sacs alimentaires conrespondant au nombre de familles que nous aidions cette semaine, etc.

Mais nous nous sommes également concentrés sur leurs besoins plus précis, en réparant les meubles, en traitant le problème éducatif pour les enfants, en essayant de mettre en place des leçons, en aidant à obtenir un papier officiel, un emploi ou au moins un revenu monétaire … Le travail en tant que bénévole devenait de plus en plus axé sur le social.

Nous organisions un atelier pour apprendre à coudre aux syriennes, en les impliquant dans l’enseignement de l’arabe pour les enfants, en demandant aux travailleurs de chantier d’aider à reconstruire les maisons délabrés … en organisant des repas collectifs chez les réfugiés etc . Ces activités se déroulaient tout au long de la semaine … ce suivi était basé sur une routine quotidienne et devenait en quelque sorte une partie de notre vie.

Peu à peu, nous créions un réseau à travers cette situation chaotique … Tout au long de la semaine, nous retournions aux familles pour suivre leur amélioration … des relations se créaient. Nous devenions amis, nous plaisantions … leur faisions signe lorsque nous les croisions dans les rues …

Quelque chose émergeait de nos luttes pour aider, de leur volonté de continuer et de ne pas abandonner … Dans une des situations les plus désagréables que j’ai vécu, quelque chose naissait et grandissait … L’humanité .

Ca parait naïf de l’appeler de cette façon, mais je ne trouve pas d’autre nom pour décrire l’atmosphère dans laquelle nous travaillions.

Plus que la fatigue, plus que le froid, la douleur, la faiblesse et la mélancolie qui nous traversait tous les jours, nous créions, je crois, une bulle chaude sur laquelle toute cette désolation et cette impuissance ricochait et devenaient quelque chose de bon, quelque chose qui poussait tout le monde à l’avant.

Quand les choses ne peuvent pas être pires … ça ne peut qu’aller mieux …

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Et je souhaite que cela puisse durer éternellement, je souhaite que cela puisse s’améliorer étape par étape, jour après jour jusqu’à la fin de la guerre, jusqu’à la fin de la crise et le retour de ces gens à une vie normale …

Et je m’attendais à passer mon dernier jour à planifier le chemin jusqu’à Gaziantep et à tout empiler tout avant de partir … Mais le dernier jour à Izmir fut le paroxysme du bordel.

Proceder à une césarienne à l’hôpital … courir de famille en famille, de quartier en quartier, partout dans Izmir, remplir des taxis avec des familles entières pour se précipiter vers différents endroits etc …

À la fin, je suis content que nous l’ayons fait avec Hassan et Ayshegul et je n’oublierai pas par quoi nous sommes passés ensemble … Je suis fier de les appeler mes amis comme tous les autres; Felipe, Sophie, Angélique, Yunus, la famille d’Hassan, Bara, Yasin, Ersin, Merve, Can, Chris et tout les autres …

Enfin, je suis parti pour Gaziantep …

Chaptire IV – Tabanovce – Macedoine

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Il est délicat de parler de la situation des réfugiés ici en Macédoine, il semble que la plupart des gens soit contre les migrants.

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Je ne peux pas leur en vouloir ; La Macédoine (FYROM) doit être l’un des pays les plus pauvres des Balkans et le salaire moyen est à peine supérieur à 300-400 € …

Dans cette situation, évidemment, prendre soin de vous et de votre famille est beaucoup plus difficil que dans les autres pays et, avant d’aider les étrangers, je comprends que les Macédoniens s’occupent de leur propre vie, ce qui n’est pas simple ici.

 

C’est pourquoi je pense que la plupart d’entre eux pourraient voir la crise des réfugiés comme une menace … inquies pour leur vie, craingnant de perdre leur emploi et leur seule source de revenus … Les Macédoniens ont peur des réfugiés et des migrants … les considèrent comme des gitans et des voleurs contrairement  à des victimes de guerre et une population impuissante.

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Et il est difficile de parler de ça … et je dois être aussi trop impliqué et peut-être idéaliste dans la façon dont je vois ces gens …

– “ils sont violents”

– “Fuck-vous, tout le monde est violent et le monde est plein de bêtises et de pauvreté, pourquoi ces personnes seraient plus propices à la violence que notre société armée jusqu’aux dents?”

– “Il y a beaucoup de terrorisme parmis eux…”

– “Peut-être 1 sur 10000 … Mais les terroristes sont aussi la première causes de leur exil, pourquoi deviendraient-ils leurs propres bourreaux ?

Et cela pourrait continuer sans fin comme ça, et au final, je suis fatigué de discuter avec les gens et d’être considéré comme un Hippie Français idéaliste qui pense que tout est bon et beau dans ce monde.

Bien sûr, ce n’est pas le cas, et c’est pourquoi nous devons nous battre et nous sensibiliser et aider à changer la façon dont le monde tourne.

 

 

Organisations

C’est un processus difficile de traverser ces différents pays, différentes ONG et camps, etc. C’est comme essayer de créer quelque chose avec rien. Construire un réseau à travers ce désordre, essayer de joindre, contacter une entité. De les lier ensemble est un travail super compliqué et je narrive pas comprendre ce manque de communication.

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Il n’y a aucune information entre les camps, pas de coopération …

Heureusement, les gens ne sont pas si stupides, se sont organisés en ligne et je suis heureux de voir que Facebook est utilisé enfin de manière utile par rapport à la plupart des usages que les gens en faisaient quotidiennement.

J’ai été étonné de constater que même les équipes d’ONG comptent plus sur les infos des médias sociaux que sur leurs propres données.

Internet reste encore une fois, le moyen le plus efficace de connecter tous les bénévoles, les camps, les ONG, etc. … Ensemble.

Et cela me donne l’espoir pour le futur d’une certaine manière, car les gens se rendent compte que la technologie peut être utilisée pour le bien de l’humanité et pas seulement pour faire n’importe quoi …

 

 

Bénévolat

Être bénévole dans le camp n’est pas si facile même si nous sommes entourés de personnes dans des situation 10 fois plus contraigantes et rudes que les nôtres.

Nous venons des quatre coins du globe, voulons aider, partageons des idéaux communs même avec des cultures et des idées différentes … nous sommes liés ensemble, vivons ensemble au rythme des trains, de la course, de la construction, de la cuisine, de l’information sur le flux des migrants …

Quand les choses se calment, nous sommes calmes … quand la tornade remprend, nous reprenons … Nous vivons au rythme du camp, qui devient notre propre vie parfois …

Pour être volontaire, vous devez être en quelque sorte dévoué à ces personnes, de tout votre coeur et esprit … Les choses ne se passent pas seulement sur le terrain, mais aussi dans la vie à côté … Leurs histoires, leurs visages, leurs voix sont partout, toujours en écho dans votre esprit …

Parfois, je rêvais des camps, des personnes qui passaient, j’ai faisait des cauchemars horribles aussi … Parfois, je m’étonne aussi du manque de leur présence, de leurs voix et des langues qu’ils parlent … Ils deviennent une partie de vous-même, votre vie et votre temps deviennent, en quelque sorte, liés aux leurs.

Vous n’êtes pas bénévole parce que c’est cool, ou parce que c’est gratifiant ou quoi que ce soit … Vous êtes impliqué parce qu’il est nécessaire et vous vous sentez responsable …

 

 

Nous avons tous des raisons différentes et diverses pour nous impliquer ; La volonté d’aider, la volonté de sensibiliser et de donner l’espoir, le sentiment d’être utile et d’aider à améliorer une bonne cause …

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En ce qui me concerne, je donnerais tous ces arguments, mais aussi un plus particulier et blessant : je me sent personnellement coupable et responsable pour mon pays en Europe qui ne les aide pas et ne fait même pas semblant de faire quelque chose …

Je me sens responsable et coupable quand j’entends dire que les pays de l’UE ferment leurs frontières, renvoient les migrants sans aucunes raisons …

Je me sens coupable pour le français, pour le britannique, pour le Hongrois, Bulgare, Macédonien, etc … Coupable pour toute cette stupidité et cette colère qui conduit les gens à fermer leurs portes ainsi aue leur esprit.

Basel m’a demandé une fois si je me sentais utile dans les camps … pour être honnête, pas vraiment … Je ne me sens pas utile de faire en sorte que la situation soit juste “OK” au jour le jour et je me sentirais utile quand je verrais un peu d’améliorations dans le monde  … 

Je ne me sens perdu dans ce vent de lutte, d’impuissance et de tristesse …

Je ne suis pas bénévole pour me sentir utile, je donnes toute ma personne à cette cause parce que c’est juste, parce que c’est notre devoir d’aider , parce que c’est notre faute …  La société occidentale a aussi créé ce chaos.

Etre utile ne veut pas dire que je change tout ce que je pense, tout ce aue je suis … et à la fin de la journée, je suis juste un petit point perdu dans cette mer … mais sa ne suffit pas. Et je me sentirais utile le jour où j’aiderais à créer un véritable changement.

Breil Sur Roya – France

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After spending a week in astalli center at Palermo, recovering and helping with my fellows volunteers over there, I left Sicily and started my journey back to France. thought I did still had to stop at another hotspot I didn’t knew : the French Italian border where I knew the situation between Ventimiglia and the Roya valley was difficult for both the “migrants” and the helpers.

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I heard about the story of many local people being arrested for helping the travellers to cross, to rest etc…  Cedric Herrou,  Felix croft and some others…

I seemed that what I have always found (meaning that everything is make to disable the helpers to help) was actually taking form here as a bunch of laws making the helpers life a real struggle.

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Then I decided to go.

I packed my stuff, collected some donations in Palermo and left for the northern border.

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I arrived three days after and met straight away the people from “Roya citoyenne” a group of local helpers in the valley.

There, I met Cedric who proposed me to come to his place the day after.

His house was built in the countryside between the Italian frontier and Breil Sur Roya,  lost on a mountain alongside the road and virtually inaccessible…  Somehow lost into the wild of the Alpes.

You had to walk up to a little rocky track to access the place.

There, everything was completely different from the world you knew.

For a while,  I knew how to live off the grid thanks to my nomadic way of life, but know I was experiencing a different way of living off the society and our capitalist system…  A sedentary lifestyle which was enabling sustainability  ecology and self sufficiency.

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Cedric was a farmer. The kind of farmer capable of running his own activity by himself without relying on massive agriculture, machines and so on…  His activity was honest,  humble and enough for him.

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Most of the furniture of the place was handmade

The food was coming from the lands,  both vegetables and animals.

The water was pumped from the river and warmed by firewood.

The toilet, the shower, the garbage…  Most the infrastructure here was self sustainable and ecological.

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It made me though about this kind of off the grid community willing to return to the simplicity of a different way of life going back to the nature and the basics of living.

But more than a simple hippy, Cedric was devoting his time and place to help the migrants stuck in the no man’s land of la Roya…

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Around 20 people were living there during this time of the year,  Cedric,  two or three volunteers and ten to fifteen “illegal travellers ” who were staying here waiting to go further safely.

The guys from la Roya explained me that strangely, even being on the French territory,  the migrants here couldn’t ask for asylum yet and have to go at least to Sosfel or Nice to request the asylum…  Then,  in the valley,  these people were still risking being send back to Italy by the police if they’re catch.

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What Cedric was doing was to hide them the time for them to rest and to give them the crucial information about the tracks to follow to get to these cities without being seen and catch by the police.

He used to drive them before but,  since his attestation, couldn’t do this any more.

But even disable of driving the people, he was hosting a lot of them and was also helping the other members of the valley willing to help.

And it’s funny to realize that even with the attestation,  the court and the penalties the people were facing from the state, even being send to the police station randomly during the food distribution at Ventimiglia…  More and more people were rising against the “criminal justice ” which was making sure that you couldn’t help the people.

The anti-migration policy was somehow making people guilty of being human but most of the ones I met were taking this risk, preferring being a human in jail than a free */+$”!

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And I  spent a week with Cedric and the other “delinquants solidaires “, building storage cabin, shelves and places to facilitate the work in the place.

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As he told me,  now they were few people and a lot of needs regarding the organization…  What will it be in summer with hundreds of refugees?

Then I decided to help him by building, hoping these constructions would makes the work easier and more efficient for them.

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And it reminded me Calais and the Woodward work,  cutting wood all day long, hearing the jigsaw and smelling the wood…

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But assembling the all to create construction was kind of new and I really enjoyed seeing the things taking form little by little.

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And the migrants too were enjoying helping me out in the process till the finalisation.

Working with them was a bit like the time I was in lesvos when we were involving the refugees in the daily work…  I’d say that’s one of the most beautiful thing to share with them…  Creating something together.

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And we also went to the daily food distribution happening in Ventimiglia.

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The people from the valley were cooking meals from 8am to 6pm and then,  were going to the city to feed the hundreds of migrants stuck there without anything.

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Every distribution was a gamble…  You never knew if you was about to be arrested or if it’d go OK.

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And it was unbelievable that we had to go like dealers or criminals,  hiding ourselves from the police, just to give out food to people in need.

And of course the police was forbidding us to do so… Saying that it was about “health laws” and prevention…  Yes,  letting people starving is a well better way to solve a health problem…

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We were arrested by lucky enough not to be sent at the commissary.

And we had to leave half of the donations behind.

Sad situation that made me once again   understand the gap between our government and the situation on the field.

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So far I would say that these delinquents from the Roya valley are part of the best persons on this world.

Of course they have some problems,  their organization could works better, they have their own personality and some of them might be seen as lawless…  But their common specificity is to be human more than civilians and it’s maybe why they are seen by the governments as criminals…  Thought,  I’d do the same than them and I’m glad to feels part of this group of criminal.

The only thing sad is to realise humanity start to become illegal…

Chapter XVIII – Melilla – Spain

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To cross the frontier has been longer than expected.
Traffic jam at the gates, thousands of Moroccan passing by …

People coming to beg at your windows for money every minutes …
Border officers checking out the van and passing it through x-ray, looking for drugs or something else …
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Well, after 4 hours stucked at the border, I finally made it to Melilla, the second spanish enclave of Morocco.

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Here the first thing I had to do was to get comfortable with language … I used to speak spanish, and I still remembering the most of it but, to switch from english to french, Arabic and spanish in that few time is somehow really disturbing.
So I started speaking with a mix of the four languages which was somehow wired for me, but must have been funny for the locals.

And I first meet Llunaida who’s the lady who welcomed me in the little city-state.
She was born here and has spent most of her life fighting for equality and human rights, as her family like many other here has amasir roots.

She was involved in many things and was naturally working in an NGO called “movimiento por la paz”, movement for peace, which was working on the fields of social inclusion, intercultural exchange and equality of human rights … then we naturally complemented each other work and she brought me a lot in my research.

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She told me about the old story of the city; the fact that under Franco, the dictator was involving moroccan and amazir people to fight against the republicans, which was explaining one part of the cultural, ethical and migratory situation of the enclave.
Yuni drove me to the borders of her small piece of country, which was surrounded by 5 circles of fences about 4-5 meters high …

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Here the fortress Europe was physically drawing the lands but she also taught me that it hasn’t always been the case … telling me that 30 – 40 years ago, the border was a simple little barrier that everyone could jump on and cross … and at the time, immigration and frontier and all the troubles that we know nowadays didn’t exist …

She also told a out the dreams and hope of the population : to leave this place … to escape from the town and to reach the peninsula.

Such a difficult thing when you barely get enough money to pay the rent and can’t save enough to pay a flight ticket … such a hard thing to find a work abroad in spain or europe … then … many of the people have to stay here, trapped in the little enclave where most of the jobs are provided by the army or the ”guarda civil” to protect the border and to make the place ”safer” leaving the citizens living in a palpable fear and paranoia.

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And then we started working … I met Miriem who was the Yuni co-worker. The two of them were giving classes to the women in need of the city.9

Indeed, a lot of them where staying here without papers, without a job etc … facing the harsh conditions of being both, foreigner and women, in a place that had more of a jungle than a town.

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Here the dream of Europe was showing its other face, excluding the ones who could not fit the scheme of the society.
And the Moroccan women surviving here were struggling for a lot of things.

First, they were enduring the patriarchal tradition, having to stay at home, caring for the cook, the cleaning and the kids …
By doing so, few of them were enable to go out and to learn from the outside world … ignoring how to speak spanish, and so to go to school, and then enabled to learn anything, to communicate, to work and then to empower themselves.
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All of these challenges were what the Movimiento Por La Paz was trying to solve …

I followed Yuni to met the women, and not having that much time ahead of us, we started doing a story telling project about these women, about their life, the way they were seeing the world, the peace, education, the women conditions etc … and it was intense.

And it’s funny and sad to see the change of statu that are facing these women who are the one who’re against the migrants in their country 10km away, and the ones who’re facing the rejection and racism here …
And I don’t care about their origin country as they are facing the same problems that I founded abnormal and unfair.

Because doing this work is not about one population that suffers, it’s not about a genre, or a country … it’s about trying to figure out and to help wherever the people have to move for whatever reason, it’s about understanding their life and their needs to make their journey better and to try building a better world for them, for me and all the other …

Chapter XIV – Ceuta – Spain

 

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To leave again is kind of difficult as you have to go back to a different way of life : switching to survival mode is not that easy …

It takes time, and, I had a bit of preparation while crossing France and Spain.
During the 25hours journey, I had the time to think and to plan what I was going to do next.

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Of course I already had a list of destinations to go to and a tons of things to do … but it’s never really the same on the ground.

 

phto-4 Between what you’ve planned and what is actually happening, there’s a huge difference.
Then, on the road, I prepared some Plan B just in case, I also had the opportunity to re-acclimate to the nomadic life, sleeping on the van, looking for WiFi network, looking for service station to park etc …
It’s like the bike, you never forgets …

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phto-3Ceuta is a Spanish enclave in northern Morocco … it’s one of the two Spanish cities located in the country, the only european points in Africa.
Then no need to say that’s the border of the places are more than well-checked.
Ceuta feels like being in a jail, a golden prison where people try to get in rather than escaping.

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And the city is full of Moroccan, both, able to stay and clandestine migrants.
There’s also some Spanish … plenty “guarda civil” too.
Some people coming back from Europe with their car full of stuff for their families back in the country.

 

exile-2-0-part-ii-60Well … I didn’t feel well being trapped in this 6km piece of Europe … enable to do anything but to feel the pressure of the border.
I’ve been trying to find helpers there who could advised me … in vain.
I’ve been to the fences and the “mirador” near Bel Younech, the frontier …
I could feel the people hidden in the forest and the mountain around, waiting for their chance to cross to the city through the lands or the sea …
I met few people sleeping in the street, on the beaches, I gave them what I could … nothing more unfortunately.

 

The day after, I crossed the Moroccan border and saw there the hundreds of people packed at the fences … shouting at the guards, queuing at the gates which were closed.

Chapter XVII – Oujda – Morocco

 

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Oujda is another city everyone was telling me about.
The place was the last Moroccan city before Algeria and the big wall that has been built to separate the two countries in bad relationship.

I’ve been told that long time ago after the war with French Algeria has pushed out of the country the Moroccan expatriates living there that created tensions between the two governments.

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Officially the border has been close for two decades now and while Algerian government was digging a hole to make the frontier impenetrable, Morocco was building a wall to make it even clearer.

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But I wasn’t going there only to see how the frontier was taking form in reality but also to discover the situation of migrants there.

As a matter of fact, like in many other place in the world the cities near the countries borders were always hotspots for migratory flows that would pass by as a transit point.
And oujda wasn’t different.

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Many of the migrants coming from western Africa (ivory coast, Cameroon, republic of central Africa, Congo etc …) were first arriving in Algeria from Mali. Then after a long struggle in the country, facing all the kind of abuse they could go through they were relieved, throw away at the border to try their chance to cross.

And that’s why most of the migrants i’ve been meeting in Casablanca, tanger, Rabat and the other place of Morocco had all entered the country passing by oujda.
Jeanne told me once that it was like a myth for her, a place she never saw everyone was referring to.

Then I decided to go there (as I couldn’t cross the Moroccan Algerian border by land at least I would go the further I could.)

On my research I get to know the association Al Wafae which was operating in the city, providing help, educational programs and life support for the migrants of the city.
After a 6-7 hours drive, the president Sabiha and the director Jawad welcomed me with all the team the day I arrived : Yassir, Dasilva, Leila, and the 4 other members of the association were very kind.

As I arrived the day of the 101th anniversary of the Moroccan flag, we didn’t work and Yassir shown me the city, the medina, the cafeterias etc … we spoke a lot about the Moroccan religion, culture and tradition, we played cards with Mohammad, Ahmed and his other friends … For a little while I’ve been experiencing a deeper interaction with the Moroccan daily life.

It reminded me that’s always strange to work along the migration topic abroad, as you’re in a country but you interact with people that have nothing to do with it, you’ll never really spend time with the true locals to taste the life as it is. Well, It reminded me that the two months I’ve been spending in Morocco where most of my time spent with Sub-saharian people, talking french, talking about their cultures etc …, complaining how bad this country was and all the kind of stuff that you can expect from a displaced person in a foreign country … And I rarely appreciate being surrounded by Moroccan who where also eager to share their culture, to learn from me and to interact (sometimes difficultly) with me. To be honest, I really appreciated these moments, learning about their stories, their dreams, their habits etc … going to the Hamam, eating local foods and stuff … it puts you in a different position than the “Westerner coloniser” one that I hate.

 

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Then we start working at the association. I met the “persons of interest”, benefiting from the different workshop that was giving Al Wafae : Cooking, Sewing, Computing, Speaking Arabic, Hair-dressing etc …

 

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And more than simply giving the workshop as I could experienced before in NGO’s in Casabanca or Rabat, Al Wafae was giving the students a diploma at the end of the classes that was enabling them to apply for an internship in a company or a shop and then to hopefully be employed or to start their own activity.

 

 

Honestly I founded it more engaging, more interactive for the migrants wh cloud include themselves into the society quicker and better as they were learning and living mixed with both Syrian, Yemenite, Morocan and Sub-Saharian … This bunch of mixed people was helping everyone to better understand each other and I’d say that I truly felt that the racism between communities was far lower here, in a place that was the most affected by the migration.

 

The common language was also a mix of Syrian-Moroccan Arabic distilled with French and English which was creating a funny universal language.

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As it seemed, like everywhere else, the biggest problem here in Oujda was the housing of people … including them and socialise with them was no longer a big issue but to make it properly the migrants still needed a descent place to stay and to live while attending their lessons, as a matter of fact like everywhere it was difficult for them to remain present to the classes if they had to look for a shelter every single day.

Unless the several difficulties, the organisation al wafae was trying its best to improve people life … Sabiha, Benyounes and all the other were devoting most of their life to this cause. And they are random people like you and me, having a job, struggling to earn their life but meanwhile, spending all of their energy in the help.

11I founded the situation in Oujda much less worse than I expected.
Of course migrants were also struggling here, poverty and misery might be one of the things that never really change wherever you go, but I would say that their global situation was better than what I experienced in the big cities.

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Here was a transit place, a smaller city than Rabat, Casablanca … and a less strategic point for the migrants like tanger or nador …
Even though the Algerian border was very close … even if people were still arriving in harsh situations … the living conditions and the society mindsets about these people was not as rude as I expected.

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It may came from the good work of the ngo’s there, which were collaborating together instead of fighting for the good work. They quickly understood that without a common work, each organisation couldn’t deal with the problem. So they created a ”protection group on the field” that was composed of different ngo like UNHCR, MdM, OMDH, IOM, Al Wafae etc … each one of them were complementing each other and were providing help at all the levels of life they could to improve the conditions of the migrants ; administrative, clothing, housing, feeding, teaching and socialising, curing etc …