Chapitre VII – Gaziantep – Turquie

Le trajet entre Izmir et Gaziantep me demanda 2 jours de conduite et je passai par la côte, traversai les villes d’Antalya et de Mersin ou d’autres camps étaient installés … Je traversai des montagnes rocheuses, des plages aux végétations luxuriantes, perdues sur les routes côtières qui suivent la courbe des terres qui tombent dans la mer Égée ….

Je dormais par coups de siestes de 3 heures, pour continuer à bouger et ne pas perdre le rythme … La Turquie est un pays énorme … et de le traverser me demanda de longues heures de conduite …

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Je suis arrivé à l’école à Gaziantep en fin de soirée … J’étais séché, crevé et puant: la seule chose à laquelle j’avais besoin été d’une douche et d’un lit. Je m’écroulai après ma rencontre avec Sabina, la fondatrice de l’école de la paix, le “Salam” School.


Sabina avait 35 ans et une montagne d’énergie à revendre … Ce qu’elle a essentiellement fait, c’était de louer un appartement ici pour accueillir des amis Syriens fuyant la guerre, puis, lorsqu’ils se rendirent compte qu’ils avaient ensemble la possibilité de partager leurs connaissances et de répandre leur bonté dans le quartier, ils commencèrent l’incroyable défi de construire une école des réfugiés par eux-mêmes.

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Un projet comme celui-ci, c’était complètement fou et je ne sais pas comment Sabina faisait pour dormir, elle avait tellement de choses à penser:

– planifier les leçons de la semaine avec les différents professeurs à travers les différents étages de l’école (qui étaient ni plus ni moins les appartements du 1er, 2ème et 3ème étages du bâtiment, ré-investis en salles de classes). Chaque professeur de la “Salam” School avait des leçons différentes à enseigner au différents niveaux des étudiants, mais finalement, la plupart d’entre eux se retrouvaient à faire classe aux 150 enfants tout au long de la semaine.

– S’occuper des enfants et de leurs besoins en fonction de leur âge, de leurs classes, de leurs familles, de leur milieu social, etc. …. ce n’était pas une chose facile, la situation était complètement différente en fonction des familles et l’équipe de l’école suivait l’amélioration des étudiants et de leurs familles sur le long terme, c’était un travail tout aussi important que l’éducation des enfants. S’assurer que les élèves soient dans de bonnes conditions pour s’améliorer (rendre leur vie à la maison meilleure, faire face parfois à leurs problèmes familiaux, veiller à ce que leurs parents soient stables, etc.) était quelque chose d’important car le but de l’école était de permettre à ces enfants de devenir éduques et intelligents pour améliorer leur vie sur le long terme.

– Outre le travail de base de préparation des leçons, d’organisation des cours, etc . Nous devions nous assurer que la vie de l’école se déroule bien: Quelque chose d’incroyablement long et énergivore car il fallait s’occuper de tous les aspects de la vie scolaire: des fournitures alimentaires aux meubles de l’école, en payant le loyer pour les trois appartements, le paiement des enseignants et la résolution de leurs problèmes s’ils en avaient (ils étaient eux aussi des réfugiés), trouver de l’argent pour rendre l’école durable …

Et plus que ces tâches quotidiennes, des choses plus spécifiques que vous ne pourriez pas prédire se passaient … comme aller rencontrer de nouvelles familles, faire des profils de nouveaux enfants arrivant à l’école, de dire au revoir à ceux qui décidaient de partir en Europe avec leur famille, etc. et personnellement, passer une semaine à l’école et voir tout le travail qui devait être fait sur une base quotidienne était éprouvant … Je ne pourrais pas faire ça par moi-même.

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Mais il semble que Sabina ait l’habitue de cela, et je n’ai jamais rencontré une personne si calme, généreuse et douce, compte tenu de la quantité de questions et de tâches stressantes auxquelles elle était confrontée chaque jour.

Bien sûr, elle était entourée par l’équipe scolaire, Akran et sa famille, Éva, Laure, Shareen et tous les autres enseignants. La plupart d’entre eux vivaient dans le bâtiment dans les appartements (salles de classe qu’ils occupaient la nuit après les cours) car ils n’avaient pas d’autre endroit où aller. Ainsi, de construire et réparer la vie de ces enfants et familles, et, comme chacun vivait au même endroit, l’école de la paix était plus une grande famille qu’une école.

Bien sûr, nous avions tous notre petit espace de repos et notre bulle privée (les différences culturelles entre nous étaient fortes et je pense que la vie privée permettait de faire face à ces différences et de travailler ensemble en harmonie …)

Et j’ai aimé faire partie de cette communauté, de ce groupe de personnes magnifiques, d’amis et de frères, soeurs, épouses et enfants … C’était comme découvrir une partie de votre propre personne que vous n’aviez jamais rencontrée auparavant …

Et je pense que je n’aurais pas pu rester à Gaziantep sans leur soutien … La ville était trop intense … C’est la dernière grande agglomération avant la Syrie et, bien que, encore en Turquie, je me sentais sous pression tout le temps. La guerre se passait ici aussi …

Dans le quartier, il n’était pas rare d’entendre des coups de feu. Les gens criaient, discutaient, se battaient, etc. …. C’était une partie de la vie quotidienne et vous deviez faire avec … Vous deviez faire face à la tension … La peur d’être volé, battu ou pire … l’incertitude était aussi présente que la fumée âpre dans l’air.

Et vous pouviez sentir la pression et la présence de la guerre ici … “ils” étaient tout autour de nous, autour du quartier et de la ville, sans aucune preuve tangible de leur présence … mais nous savions qu’ils étaient là, comme des fantômes qui font leurs affaires … Tranquillement, doucement mais aussi sûrement que la prison gouvernementale dans laquelle on “les” enfermait, se tenait en face de l’école.

Et vous pouviez remarquer que la moitié des gens que vous traversez dans les rues étaient des Syrien. Ils étaient partout … Travaillant, demandant de l’aide dans les rues, vendant des cigarettes, des mouchoirs … Vivre là-bas en tant que réfugié était une lutte … De nombreuses familles ne pouvaient pas perdre leur temps dans l’éducation de leurs enfants, ils devaient travailler …

Beaucoup d’enfants avec qui j’ai parlé à l’école, travaillaient après les cours ou avaient quittes leur travail pour se concentrer sur leurs études … Et la plupart d’entre eux n’avaient pas plus de 9 ans …

Travailler 10 ou 12 heures par jour pour gagner juste assez d’argent pour survivre … Un garçon de 6 ans ne devrait pas avoir à détruire sa santé dans la fumée des entreprises et des magasins pour pouvoir grandir.

Je ne pouvais pas comprendre comment les patrons de ces magasins pouvaient dormir la nuit en employant ces enfants et en les trompant, tirant profits de leurs difficultés.

Pourtant, bien que connaissant les faits … Nous, à l’école, ne pouvions pas trop intervenir et être trop présents chez ces personnes, même si nous le voulions …

Premièrement, nous n’étions pas autorisés, deuxièmement, nous ne pouvions pas supporter tous leurs problèmes …

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L’école était principalement destinée à leur donner une l’éducation et à permettre à ces enfants d’améliorer leur vie par eux-mêmes.

Chapter VII – Gaziantep – Turkey

And I passed by the coast, where I crossed the cities of Antalya and Mersin where other camps were settled … I passed rocky mountains, coastal roads following the curve of the lands falling into the Egean See …

I slept three hours by three hours as I used to, to keep moving and to not lose the rhythm but even though … Turkey is a huge country … and I experienced it for long hours of driving …

I arrived at the school at Gaziantep late evening … I was naked, stinky and the only thing I needed was a bed and a shower.

I went straight to sleep after a little talk and presentation with Sabina, the head of administration and founder of the Salam school.

She’s a 35 years old young and energetic woman that could inspire a bunch of people.

What she basically did was to rent some flat here to host some syrian she knew, and then, when they realized that they had together the possibility to share their knowledge and to spread their goodness around in the decaying neighbourhood of the city, they start the incredible challenge of driving a refugee school by themselves.

Somehow to run a project like this one by yourself might be completely crazy and I don’t know how Sabina is managing to sleep as there’s soo many things to think about :

– Planning the lessons through the weeks with the different professors across the several floors of the school (which are basically 1st, 2nd and 3rd floor flats of the building) each professor of the Salam School have different lessons they’re teaching and different level of students they’re specialized to teach to but most of them were finally teaching to the 150 children all along the week.

– Taking care of the kids and their needs depending on their age, classes, families, social background etc … this wasn’t like a proper lesson as we use to givnormal schools but of course here the situation was completely different and following up the improvment of the students and their families as they get better (or worse), was a big thing to do. To make sure that the kids were in a good conditions to improve (making their life back home better, dealing with their family problems sometimes, making sure that their parents were OK etc …) was something crucial as the meaning of the school was to enable these kids to get clever and clever and to improve their life in the long run.

– Beside of the basic work of preparing the lessons, organizing the classes etc … Making sure that the school life was going well was something again incredibly time consuming as you had to look after many different things from the food supplies to the school furnitures, paying the rent to the three flats, paying the teachers and solving their problems if they had (as they’re refugees as well),  dealing with the money to make the school sustainable …

And more than these daily tasks, more specific things were of course happening that you couldn’t predict … like going to meet families, going to make profiles of new kids coming in the school, saying goodbye to the one who’re leaving to europe with their family etc … and personnaly, spending a week in the school and seeing all the work that has to be done on a day to day base was overhelming and mindblowing … something that I couldn’t do by myself.

But it seems like Sabina get used to it, and I never met a person so calm a gentle given the amount of stressfull questions and tasks she was facing everyday.

Of course she was surrounded by the school team, Akran and his family, Eva, Laure, Shareen, and all the other teachers .
Most of them where living in the building in the flats as they didn’t had any other places to go, any other way to sustain their families and as everyone was living in the same place, the salam school was for more like a family than a school.
Of course we all had our little space to rest and our privacy (the cultural differences between us were still strong and I think the privacy allowed us to deal with these differences and to leave and work together in harmony) …

And I enjoyed being part of this community, this group of good people, of friends and brothers, sisters, wife and children … This was like discovering a part of your own people that you never met before and I felt quite concerned about the whole …

And I think I couldn’t stay in Gaziantep without their support … The city was something too intense…
The town is the last one before Syria and even it’s still in Turkey, I felt like under pressure all the time. As if the war was happening here as well …
In the neighbourhood, it wasn’t rare to hear gunfights around, people shouting, arguing, fighting etc … That was somehow part of the daily life and you had to deal with it. You had to work through the tension … The fear of being robbed, beaten or whatever as the unsafeness of the area was as present as the smoke coming from the trashes and the dirty streets.
And you could feel the pressure and the presences of the war here … Isis was all around without any tangible proof of their presence but we knew they were here, like ghosts doing their business … Quietly, gently but as surely as the Isis governmental prison in front of our place was full of them.
And you could tell that half of the people you would cross on the streets was Syrian.
They were everywhere … Working, asking for help in the streets, selling cigarettes, tissues anything …
To live there as a refugee was a struggle… Many families could not afford to waste their time to educate their kids and they all had to work … Many of the children I’ve been talking to at school were either working after classes or left their work to focus on their studies … And most of them were not more than 9 years old …
You could then ask yourself how would you feel to be obliged to work ten or twelve hours a day to earn jut enough to struggle surviving … A six years old boy shouldn’t have to be harming his health working in the smoke of the companies and shops to live.
I couldn’t understand how the boss of these shops could sleep at night employing these children and fooling them, making money out of their difficulties.

Still, knowing the facts … We, at school, couldn’t interfere too much and to be too present in these people life even if we wanted so … As we weren’t allowed, as we could not sustain all of their problems … As the school was here mostly to give them education and to enable these kids to improve their life by themselves.