Chapter VIII – De Turquie à Bulgarie

Göreme

J’ai quitté Gaziantep un dimanche matin pour me diriger vers Göreme sur ma trajectoire en direction d’Istanbul.
Sophie, Angélique, Sabina, Ayshegul et d’autres amis de Turquie m’ont déjà parlé de l’endroit et fortement conseillé de m’y arrêter ne serait-ce qu’une matinée. Effectivement … Une matinée perdue dans les paysages splendides de la Capadoque vaut tous les trésors du monde … Ces maisons centenaires construites dans les roches, ces grottes et ces montagnes volcaniques m’ont fait tenir debout sur une autre planète, en quelque sorte perdu entre une scène de la guerre des étoiles et d’un film documentaire sur la conquête martienne.

Et les montgolfières volaient à l’aube … Comme d’habitude, après les premiers rayons verts, les ballons montaient et se perdaient dans le ciel tandis que moi, je me laissais errer dans les vieux villages rocheux.
Il semble que l’endroit ait été gelé dans le temps, piégé dans la roche comme une sculpture figée. Une pièce maîtresse de l’art de la terre … Une œuvre mixte de la nature et de l’humanité qui reste … Immobile, fragile et belle.

Istanbul

Je suis arrivé à la ville millénaire assez tard après un long trajet …
La ville et son agglomération doivent couvrir 20 km au moins et j’ai dû conduire pendant 2 heures avant d’atteindre enfin le centre-ville d’Istanbul. Lumières blafardes et flashs fluorescents, mosquées et bâtiments centenaires scotchés sur l’horizon sombre, créant un filigrane cubique dans le ciel … Comme une nouvelle voie lactée bruyante et criarde.

Une galaxie était installée ici pour faire briller et glorifier le monde musulman …
Tous ces monuments, mosquées, églises et châteaux se trouvent ici, dispersés dans la ville millénaire comme un rappel du passé. Une preuve de l’ancien passage de toutes les civilisations qui ont Regis la région à partir de ce point spécifique.
Et la ville est vieille … D’une certaine manière, j’ai ressenti moins de liberté que je l’ai vécue à Izmir où les autres villes plus “moderne” en Turquie et je comprends pourquoi Atatürk a changé de capitale officielle lorsqu’il est venu réorganiser le pays au XXe siècle: Istanbul est trop ancienne, la ville a un passé trop vaste et une histoire trop lourde qui l’empêche d’avancer efficacement.

C’est un peu comme si toutes les civilisations, souvenirs et traditions, s’étaient cristallisées sur chaque carré, chaque parc, chaque bâtiment et rue, et il serait fou de vouloir transformer ces vestiges encore une fois …
Et on peut sentir que l’esprit est différent des villes occidentales du pays … La religion est beaucoup plus impliquée dans tous les aspects de la vie quotidienne. Et la reconnaissance (différenciation) des étrangers sont de fait, plus palpable. Bien que je n’eusse pas été opprimé et que je pouvais parcourir la ville autant que je le voulais, je sentais le poids des regards sur moi ….

Kan, un bénévole d’Izmir m’a accueilli pendant un moment, il m’a montré les lieux et les organisations qui pourraient m’aider à propos de mon projet. J’ai été un peu surpris quand j’ai vu si peu d’accueil de leur côté, si peu de compréhension que les autres ONG ou groupes avec lesquels j’ai travaillé. Ils n’étaient pas grossiers ou quoique se soit, mais je ne les intéressais pas du tout et j’ai eu l’impression de perdre mon temps … Peut-être qu’ils étaient trop occupés à faire face aux réfugiés dans la ville … Peut-être qu’ils ont tout simplement trop de pression administrative ou que sais-je … Mon sentiment était juste un peu froid.
Pourtant, j’aimerais revenir là-bas pour aider et enseigner dans ces écoles pour réfugiés comme je le faisais à Gaziantep.

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Bulgarie

J’ai traversé la frontière tôt le matin … Je ressentais une tension en Turquie… Ici aussi, mais pas la même … D’une façon ou d’une autre, rien ne s’est passé lorsque j’ai traversé la frontière. Je m’attendais à d’interminables problèmes comme d’habitude, mais rien … Je sentis l’indescriptible un peu après, alors que je traversais la campagne déserte près de la frontière … Les voitures de police patrouillant tranquillement, des clôtures dispersées ici et là mais pas de migrants … Personne …
J’ai senti le pouvoir muet de la désinformation et de la pression qui mentaient sur ces terres: c’était comme si rien ne se passait.
Absolument rien, comme si le gouvernement voulait que les gens pensent que rien ne se passait, mais je pouvais presque entendre les bottes craquer sur les branches dans les forêts … Je pouvais presque voir les abris cachés abandonnés où les migrants «illégaux» passaient quelques moments de soulagement avant de marcher à nouveau.

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Restez silencieux … Continuez à marcher … Évitez la police… Continuez à bouger … Lentement, doucement ne pas être vu et attrapé.
J’ai parcouru le pays en passant par la ville d’Harmanli où l’un des seuls camps de réfugiés était censé être … Je cherchais … En vain … Encore rien … Ensuite, je suis allé à la capitale, Sofia, où je pensais trouver des informations sur la situation du pays.
Tzvetko, un coordinateur humanitaire dans le pays, m’accueillit chez lui, à son deuxième appartement qui lui servait de lieu de stockage pour ses dons.

Polaroid CUBE

Tzvetko était un homme occupé.
D’une façon ou d’une autre, il connaissait toute la situation des réfugiés dans le pays. Et il était clair que je ne pouvais rien faire pour aider (car je devais demander des autorisations aux autorités gouvernementales et passer au travers de trop nombreux processus douloureux et ennuyeux). Néanmoins, il m’a donné beaucoup d’informations pour que je puisse comprendre la situation dans la ville. Je suis allé à Ovcha Kupel et Neuva Rampa, deux endroits à Sofia, où les migrants ete tenus de rester, isolés, à la limite de l’emprisonnement, le temps pour le pays de comprendre ce qu’il fallait faire avec eux.
Ces «camps» qui ressemblent davantage à des prisons …

 

Les bâtiments s’effondraient, les structures étaient vieilles et rouillées, les fenêtres n’étaient plus … Et je n’étais pas surpris quand j’ai entendu que les lieux étaient plein à craquer … Au moins, semblait-il que les réfugiés étaient traités avec plus d’humanité, moins de colère qu’ils ne l’avaient été aux commissariats de police.
J’ai rencontré deux d’entre eux et nous avons discuté ensemble pendant un certain temps. Comme je m’en doutais, la plupart d’entre eux avaient été battus par les flics, poursuivis dans les forêts par des patrouilles, etc. Certains d’entre eux avaient été capturés par villageois et envoyés à la police après avoir été volés … J’ai même entendu parler de certains Bulgares lançant des safaris dans les forêts pour chasser les migrants … Le plus terrible était le fait qu’ils étaient fiers de leurs atrocités et publiaient des photos sur les réseaux sociaux, etc.

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Et encore plus terrifiant … Il me semblait que les gens en étaient heureux et fiers …

Il était logique que tous les réfugiés à Sofia voulussent partir … Soit en Serbie, soit en Roumanie, soit en Turquie … N’importe où ailleurs que la Bulgarie.

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Chapitre VII – Gaziantep – Turquie

Le trajet entre Izmir et Gaziantep me demanda 2 jours de conduite et je passai par la côte, traversai les villes d’Antalya et de Mersin ou d’autres camps étaient installés … Je traversai des montagnes rocheuses, des plages aux végétations luxuriantes, perdues sur les routes côtières qui suivent la courbe des terres qui tombent dans la mer Égée ….

Je dormais par coups de siestes de 3 heures, pour continuer à bouger et ne pas perdre le rythme … La Turquie est un pays énorme … et de le traverser me demanda de longues heures de conduite …

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Je suis arrivé à l’école à Gaziantep en fin de soirée … J’étais séché, crevé et puant: la seule chose à laquelle j’avais besoin été d’une douche et d’un lit. Je m’écroulai après ma rencontre avec Sabina, la fondatrice de l’école de la paix, le “Salam” School.


Sabina avait 35 ans et une montagne d’énergie à revendre … Ce qu’elle a essentiellement fait, c’était de louer un appartement ici pour accueillir des amis Syriens fuyant la guerre, puis, lorsqu’ils se rendirent compte qu’ils avaient ensemble la possibilité de partager leurs connaissances et de répandre leur bonté dans le quartier, ils commencèrent l’incroyable défi de construire une école des réfugiés par eux-mêmes.

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Un projet comme celui-ci, c’était complètement fou et je ne sais pas comment Sabina faisait pour dormir, elle avait tellement de choses à penser:

– planifier les leçons de la semaine avec les différents professeurs à travers les différents étages de l’école (qui étaient ni plus ni moins les appartements du 1er, 2ème et 3ème étages du bâtiment, ré-investis en salles de classes). Chaque professeur de la “Salam” School avait des leçons différentes à enseigner au différents niveaux des étudiants, mais finalement, la plupart d’entre eux se retrouvaient à faire classe aux 150 enfants tout au long de la semaine.

– S’occuper des enfants et de leurs besoins en fonction de leur âge, de leurs classes, de leurs familles, de leur milieu social, etc. …. ce n’était pas une chose facile, la situation était complètement différente en fonction des familles et l’équipe de l’école suivait l’amélioration des étudiants et de leurs familles sur le long terme, c’était un travail tout aussi important que l’éducation des enfants. S’assurer que les élèves soient dans de bonnes conditions pour s’améliorer (rendre leur vie à la maison meilleure, faire face parfois à leurs problèmes familiaux, veiller à ce que leurs parents soient stables, etc.) était quelque chose d’important car le but de l’école était de permettre à ces enfants de devenir éduques et intelligents pour améliorer leur vie sur le long terme.

– Outre le travail de base de préparation des leçons, d’organisation des cours, etc . Nous devions nous assurer que la vie de l’école se déroule bien: Quelque chose d’incroyablement long et énergivore car il fallait s’occuper de tous les aspects de la vie scolaire: des fournitures alimentaires aux meubles de l’école, en payant le loyer pour les trois appartements, le paiement des enseignants et la résolution de leurs problèmes s’ils en avaient (ils étaient eux aussi des réfugiés), trouver de l’argent pour rendre l’école durable …

Et plus que ces tâches quotidiennes, des choses plus spécifiques que vous ne pourriez pas prédire se passaient … comme aller rencontrer de nouvelles familles, faire des profils de nouveaux enfants arrivant à l’école, de dire au revoir à ceux qui décidaient de partir en Europe avec leur famille, etc. et personnellement, passer une semaine à l’école et voir tout le travail qui devait être fait sur une base quotidienne était éprouvant … Je ne pourrais pas faire ça par moi-même.

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Mais il semble que Sabina ait l’habitue de cela, et je n’ai jamais rencontré une personne si calme, généreuse et douce, compte tenu de la quantité de questions et de tâches stressantes auxquelles elle était confrontée chaque jour.

Bien sûr, elle était entourée par l’équipe scolaire, Akran et sa famille, Éva, Laure, Shareen et tous les autres enseignants. La plupart d’entre eux vivaient dans le bâtiment dans les appartements (salles de classe qu’ils occupaient la nuit après les cours) car ils n’avaient pas d’autre endroit où aller. Ainsi, de construire et réparer la vie de ces enfants et familles, et, comme chacun vivait au même endroit, l’école de la paix était plus une grande famille qu’une école.

Bien sûr, nous avions tous notre petit espace de repos et notre bulle privée (les différences culturelles entre nous étaient fortes et je pense que la vie privée permettait de faire face à ces différences et de travailler ensemble en harmonie …)

Et j’ai aimé faire partie de cette communauté, de ce groupe de personnes magnifiques, d’amis et de frères, soeurs, épouses et enfants … C’était comme découvrir une partie de votre propre personne que vous n’aviez jamais rencontrée auparavant …

Et je pense que je n’aurais pas pu rester à Gaziantep sans leur soutien … La ville était trop intense … C’est la dernière grande agglomération avant la Syrie et, bien que, encore en Turquie, je me sentais sous pression tout le temps. La guerre se passait ici aussi …

Dans le quartier, il n’était pas rare d’entendre des coups de feu. Les gens criaient, discutaient, se battaient, etc. …. C’était une partie de la vie quotidienne et vous deviez faire avec … Vous deviez faire face à la tension … La peur d’être volé, battu ou pire … l’incertitude était aussi présente que la fumée âpre dans l’air.

Et vous pouviez sentir la pression et la présence de la guerre ici … “ils” étaient tout autour de nous, autour du quartier et de la ville, sans aucune preuve tangible de leur présence … mais nous savions qu’ils étaient là, comme des fantômes qui font leurs affaires … Tranquillement, doucement mais aussi sûrement que la prison gouvernementale dans laquelle on “les” enfermait, se tenait en face de l’école.

Et vous pouviez remarquer que la moitié des gens que vous traversez dans les rues étaient des Syrien. Ils étaient partout … Travaillant, demandant de l’aide dans les rues, vendant des cigarettes, des mouchoirs … Vivre là-bas en tant que réfugié était une lutte … De nombreuses familles ne pouvaient pas perdre leur temps dans l’éducation de leurs enfants, ils devaient travailler …

Beaucoup d’enfants avec qui j’ai parlé à l’école, travaillaient après les cours ou avaient quittes leur travail pour se concentrer sur leurs études … Et la plupart d’entre eux n’avaient pas plus de 9 ans …

Travailler 10 ou 12 heures par jour pour gagner juste assez d’argent pour survivre … Un garçon de 6 ans ne devrait pas avoir à détruire sa santé dans la fumée des entreprises et des magasins pour pouvoir grandir.

Je ne pouvais pas comprendre comment les patrons de ces magasins pouvaient dormir la nuit en employant ces enfants et en les trompant, tirant profits de leurs difficultés.

Pourtant, bien que connaissant les faits … Nous, à l’école, ne pouvions pas trop intervenir et être trop présents chez ces personnes, même si nous le voulions …

Premièrement, nous n’étions pas autorisés, deuxièmement, nous ne pouvions pas supporter tous leurs problèmes …

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L’école était principalement destinée à leur donner une l’éducation et à permettre à ces enfants d’améliorer leur vie par eux-mêmes.

Chaptitre VI – Izmir – Turquie

Premier jour à Izmir, Turquie.

Premier jour hors de l’Europe.

Après avoir traversé la frontière avec difficulté (les gardes turcs ont décidé de m’emmerder avec les papiers et documents administratifs) je conduisais 200km plus au sud, pour arriver dans la ville brumeuse.

Izmir a une population de 3 millions d’habitants, elle immensément plus grande que tout ce que j’ai vu jusqu’à aujourd’hui, je vivais surtout dans de petits endroits, les camps étant principallement localisés dans des petites villes et villages frontaliers.

Là, les choses sont complètement différentes.

Sophie, une expatriée française m’a chaleureusement accueillie dans son appartement, basée dans les quartiers sur les collines entourant la ville.
Directement, j’ai rencontré Felipe, un codeur brésilien, et Hassan, un jeune Syrien impliqué dans l’aide aux réfugiés d’Izmir. Nous avons passé la soirée ensemble, planifiant ce que nous allions faire le lendemain.

 
J’avais besoin de dormir après Lesbos … Le soir, après notre première rencontre, je m’écroulai aussi profondément qu’un mort.

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Le lendemain matin était calme, ensoleillé et revitalisant …
L’appartement de Sophie était le plus haut de son immeuble et offrait un panorama incroyable. Après un bref tour de la ville turque en compagnie de Sophie, je me sentais déjà mieux que la veille.

Nous allâmes ensuite au centre-ville en traversant la jetée du port … Passant les foules, les marchés turcs colorés et bruyants, appréciant les senteurs de la culture, les sons des traditions et la musique de la vie ….

Je me sentai étonnamment accablé par la paix, inconscient de tout, me sentant déplacé, et à la fois heureux … Quelque chose que je n’arrivais pas à m’expliquer clairement.

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Ensuite, nous avons rencontré Felipe, Hassan et d’autres personnes dans un café pour commencer nos actions de la journée. Jusqu’à présent, dans les camps, c’était les réfugiés qui venaient à nous … Ici, la situation était radicalement différente … c’était nous qui allions à la rencontre des syriens directement chez eux.

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En Turquie, les familles syriennes pouvaient rester longtemps … D’une manière ou d’une autre, traverser la mer était si cher que beaucoup étaient coincé ici depuis des années, essayant de gagner de l’argent pour payer les contrebandiers … Mais gagnant à peine pour soutenir leur propre famille.
Et nous en avons rencontré qui vivaient dans la ruine depuis des années … N’ayant rien … Désespéré, mourant aussi lentement que le bâtiment dévasté dans lequel ils survivaient.

Encore une fois, tout était différent …

Différent de la Croatie, de la Macédoine, de la Grèce. Ici, nous n’essayions pas d’aider des milliers de réfugiés à se remettre et à traverser d’un camp à un autre … Nous ne les sauvions pas d’un voyage terrible, humide, épuisant … Nous ne pouvions pas aider autant de gens, rien que de les trouver prenait du temps. Ils étaient dispersés partout.

Nos tâches étaient de trouver les familles, de parler avec eux pour connaître leurs besoins, leur plan pour l’avenir, vérifier leur condition de vie, l’hygiène, les enfants, etc. … Faire une liste … Aller à un entrepôt où se trouvaient quelques dons, aller acheter de la nourriture dans les magasins, etc. …. et ensuite revenir à la famille pour leur apporter les produits.

Il ne s’agissait pas du travail de bénévolat que je connaissait car nous aidions en fait 3 ou 4 familles par jour … Nous pouvions à peine faire plus et je me suis sentais impuissant et triste pour ces personnes qui quittaient leur pays, leur maison et leur peuple pour faire face à cette situation … Laisser une mort violente en Syrie pour en trouver une autre plus lente en Turquie …

Et ces familles sans abri, ces personnes démunies n’avaient pas d’autre choix que de travailler dans les rues, de collecter cartons, journeaux, cagettes … Vendre des cigarettes, n’importe quoi pouvant rapporte 1 ou 2 livres turque …
A peine de quoi payer le loyer … Ce n’était pas suffisant pour qu’ils vivent … La traversée à 1000 euros par tête n’était qu’une utopie pour eux.

Je n’étais deffinitivement plus en Europe … un étranger dans une puissance étrangère qui ne fait pas partie (et qui ne veux pas semble-t-il) des lois et des règles de l’UE. C’est un peu difficile d’être Européen ici, de sentir l’aversion, la méfiance du pays dans lequel vous déménagez pour vous aider.
La Turquie se fiche que vous veniez de l’UE … que vous ayez un passeport ne signifie plus rien … être Français ne fait aucune différence dans la façon dont vous serez reçu … c’est peut-être même pire en fait …

Jusqu’ici, il me semble que la Turquie ne veut rien avoir à voir avec l’Europe …

Et j’ai vu et goûté le pouvoir de sa culture, de son histoire … et oui… La Turquie est un autre monde …

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La langue, l’écriture, les couleurs, les architectures … le premier contact avec le pays est un choc … et vous apprenez l’histoire, vous apprenez à connaître la religion, cet énorme sujet dans la vie quotidienne turque qui se déroule presque dans tous ses aspects …

L’islam n’est pas seulement entendu cinq fois par jour au moment de l’Adan, lorsque la ville se met à chanter et à chuchoter de partout … des signes, des minarets de mosquées aux croissants blancs du drapeau turc affiché à presque toutes les rues des fenêtres … l’islam est omniprésent.
Le casse-tête politique du pays est également quelque chose de perturbant … Sophie m’a parlé d’Erdogan, de l’AKP, du PKK, du problème kurde, d’une guerre civile divisant le pays, sa population et sa mentalité en deux parties …
Elle m’a parlé de l’énorme histoire du pays … de sa figure légendaire: Atatürk, celui qui, révolutiona le pays après la chute de l’Empire Ottoman au début du 20ème siècle.

Et vous vous rendez compte que quelque chose diffère ici, face à l’Europe et à notre mode de vie … et vous commencez à comprendre, timidement au début … mais peu à peu, les choses deviennent plus claires, plus précises …

Et nous avons travaillé dur, tous ensemble dans la ville.
Tout était différent des travaux du camp: tout d’abord, notre groupe n’était pas enregistré en tant qu’ONG et la plupart d’entre nous avaient leur propre vie à côté, leur emploi, leur famille, leurs histoires etc. ….

A l’exception de Hassan, Felipe, Sophie et moi-même, les membres du groupe devaient travailler du lundi au vendredi et ne disposaient pas de notre temps mis a dispositons des Syriens … Pour être efficace, nous nous réunissions chaque mardi pour devions avoir une planifier la semaine. Le mercredi, nous passions la journée à rencontrer de nouvelles familles à Basmane, le quartier syrienne de la ville.

“Rechercher les réfugiés” était quelque chose de nouveau pour moi … 

Une fois que vous aviez trouvé une famille, la deuxième étape consistait à faire leur connaissance, à découvrir leur histoire, à savoir combien ils étaient, quelle était leur profession en Syrie, quand étaient-ils arrivés en Turquie et s’ils voulaient rester ou à partir et si oui avec quel argent.

Nous prenions leur numéro de téléphone, leur nom, leur âge, leurs besoins et leurs souhaits … L’ensemble du processus durait longtemps, mais il était crucial pour nous de savoir précisément de quelle manière nous pouvions les aider. Et vous ne pouviez pas vous concentrer sur plus de 6 familles par jour … et à la fin de l’après-midi, nos trois groupes arrivaient au maximum à collecter des informations concernant 10 à 15 familles, pas plus … ce qui était, honnêtement, déjà une montagne de travail à venir …

La deuxième étape était de recueillir au cours du jeudi et vendredi, les donations spécifiques que nous allions apporter à ces familles.
La liste de leurs besoins et les feuilles que nous avions remplies la veille étaient à ce moment, crucial, ce qui nous permettait d’être précis et plus efficaces dans les dons et les biens que nous leur proposions.

Une famille pouvait avoir besoin de vêtements et pas beaucoup de nourriture alors qu’une autre demandait du charbon et des médicaments … chaque situation était différente et nous allions et venions vers le soi-disant «entrepôt» pour collecter et trier les vêtements, les mettre dans les sacs, conduire jusqu’au grossiste pour obtenir le nombre précis de sacs alimentaires conrespondant au nombre de familles que nous aidions cette semaine, etc.

Mais nous nous sommes également concentrés sur leurs besoins plus précis, en réparant les meubles, en traitant le problème éducatif pour les enfants, en essayant de mettre en place des leçons, en aidant à obtenir un papier officiel, un emploi ou au moins un revenu monétaire … Le travail en tant que bénévole devenait de plus en plus axé sur le social.

Nous organisions un atelier pour apprendre à coudre aux syriennes, en les impliquant dans l’enseignement de l’arabe pour les enfants, en demandant aux travailleurs de chantier d’aider à reconstruire les maisons délabrés … en organisant des repas collectifs chez les réfugiés etc . Ces activités se déroulaient tout au long de la semaine … ce suivi était basé sur une routine quotidienne et devenait en quelque sorte une partie de notre vie.

Peu à peu, nous créions un réseau à travers cette situation chaotique … Tout au long de la semaine, nous retournions aux familles pour suivre leur amélioration … des relations se créaient. Nous devenions amis, nous plaisantions … leur faisions signe lorsque nous les croisions dans les rues …

Quelque chose émergeait de nos luttes pour aider, de leur volonté de continuer et de ne pas abandonner … Dans une des situations les plus désagréables que j’ai vécu, quelque chose naissait et grandissait … L’humanité .

Ca parait naïf de l’appeler de cette façon, mais je ne trouve pas d’autre nom pour décrire l’atmosphère dans laquelle nous travaillions.

Plus que la fatigue, plus que le froid, la douleur, la faiblesse et la mélancolie qui nous traversait tous les jours, nous créions, je crois, une bulle chaude sur laquelle toute cette désolation et cette impuissance ricochait et devenaient quelque chose de bon, quelque chose qui poussait tout le monde à l’avant.

Quand les choses ne peuvent pas être pires … ça ne peut qu’aller mieux …

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Et je souhaite que cela puisse durer éternellement, je souhaite que cela puisse s’améliorer étape par étape, jour après jour jusqu’à la fin de la guerre, jusqu’à la fin de la crise et le retour de ces gens à une vie normale …

Et je m’attendais à passer mon dernier jour à planifier le chemin jusqu’à Gaziantep et à tout empiler tout avant de partir … Mais le dernier jour à Izmir fut le paroxysme du bordel.

Proceder à une césarienne à l’hôpital … courir de famille en famille, de quartier en quartier, partout dans Izmir, remplir des taxis avec des familles entières pour se précipiter vers différents endroits etc …

À la fin, je suis content que nous l’ayons fait avec Hassan et Ayshegul et je n’oublierai pas par quoi nous sommes passés ensemble … Je suis fier de les appeler mes amis comme tous les autres; Felipe, Sophie, Angélique, Yunus, la famille d’Hassan, Bara, Yasin, Ersin, Merve, Can, Chris et tout les autres …

Enfin, je suis parti pour Gaziantep …

Chapter VIII -From Turkey to Bulgaria

Goreme
I left Gaziantep one Sunday morning to head to goreme on my way to the city of Istanbul.
Sophie, Angelique and some other relatives from Turkey told me about the place and strongly advised me to get there for a break.
Well… My break last few hours from early morning to midday or so … But the place had a great impact on me.
These centenarians houses built on the rocks, these caves and volcanic mountains made me though I was standing in another planet, somehow lost between the early landscapes of star wars and the beautiful scenery of a martian movie.
And the balloons flew at the dawn … As usual, thg touristic attraction was gathering bunch of foreigners coming from all over the place and I quickly left to wander into the old rocky village.
It seems like the place has been frozen in time, trapped in the rock like a sculpture encapsulated in its own canvas.
A art master piece from the earth … A mixed work of nature and mankind that stay … Motionless, fragile and beautiful.

Istanbul
I arrived to the millenarian city quite late.
And it’s been a long drive … The city and its agglomeration might cover 20km at least and it sounded I’ve been driving through the surrounding neighbourhoods for ages before reaching at last the Istanbul city center.
Bright lights, mosques and centenarian buildings all over the dark horizon, creating a line through the sky … Like a new noisy milky way.
A galaxy settled here to shine and glorify the Muslim world …
All these monuments, mosques, churches and castles stand here, scattered though the millenarian city as a reminder of the past. A proof of the ancient establishment of all the civilisations that has been governing the area from this specific point.
And the city is old … Somehow I felt less freedom than I experienced in Izmir or other more “modern” town in Turkey and I understand why Otaturk has changed of official capital when he came to reorder the country during the XXth century : Istanbul is too old, the city has a too huge past and a too heavy history.
It’s a bit as if all the civilisations memories and traditions where crystallized on every squares, park, buildings and streets and it would had been crazy to try to change it once again…
And you  can feel somehow that the mind set is different from the western cities of the country… The religion is way more involved in every aspect of the daily life. And the awareness regarding foreigners is as a matter of fact more perceptible.
Though I haven’t felt too much oppressed and I could still walk through the city as much as I wanted.
Kan, a fellow volunteer from Izmir hosted me for a while by the time he show me the places and organisations which could help me regarding my project.
I have been a little surprised when I saw so few welcoming from their side, so little understanding and very less warmth than the other NGO or groups I have been working with.
They weren’t rude or impolite, jut not interested at all and I had the feeling I was wasting my time … Maybe they were too busy coping with the refugees in the city … Maybe they have too much pressure coming from the administration or whatever … My feeling was just a bit cold.
Still, I wish I’ll come back there to help and teach in these schools for refugees … As the salam school of Gaziantep.

Bulgaria.
I crossed the border early morning …
I was feeling a tension in Turkey … Here either but not the same …
Somehow nothing happened when I crossed, I was expecting some troubles as usual but it went surprisingly well. I felt the indescribable uncomfortableness a bit after, while I was driving through the deserted countryside near the frontier … Police car patrolling quietly, fences scattered here and there but no migrants… Nobody …
I felt the mute power of the disinformation and the pressure that lied on these lands : it was as if nothing was happening. Absolutely nothing, as the government would like people to think I guess, but I could almost hear the boots cracking on the branches in the forests … I could almost see the abandoned hidden shelters where the “illegal” migrants where spending the few moments of relief before walking again.
Keep quiet… Keep walking… Avoid the police… Keep moving … Slowly, gently not to be seen and caught.

I’ve been driving through the country, passing through the city of harmanli where one of the only refugees camp was supposed to be … I was searching … In vain … Still nothing …

Then I went to the capital, Sofia where I thought I could find some information regarding the situation of the country.
Tzvetko, a humanitarian coordinator in the country, was about to host me for a while.
We met at his second flat which was used as a storage place for his donations.
The flat was filled with sleeping bags, clothes and rain coats, craft boxes, diy gears etc … It felt like a messy container back in the camps … But I didn’t mind at all and I was comfortable with all this mess which was part of my world for the last couple of months.
Tzvetko was a busy guy, somehow, he knew about the whole refugees situation in the country and even if it was clear I couldn’t do nothing to help (as I would have to ask authorisations to the governmental authority and to go through a lot of painful and annoying process) he gave me lots of informations for me to help in the city.
Then I’ve been to ovcha kupel and neuva rampa, two places in Sofia where the migrants where placed the time for the country to figure what to do with them.
These ” camps ” where more looking like jails to me… Even if the people there could go in and out freely.

The buildings were falling apart, the structures were old and rusty, the windows … Broken …
And I wasn’t surprised when I heard the places were full … Here at least, it seemed the refugees were treated with more humanity, less anger than they used to received in the police quarter.
I met couple of them and we spoke together for a while.
As I expected, most of them had been beaten by the police, tracked in the forests by patrols etc … Some of them had been caught by local people and send to police after being robbed their goods … I even heard about some Bulgarian setting up some kind of safari in the forests to hunt the migrants … The most terrible was the fact that they were proud of their atrocities, posting pictures on social networks etc … Congratulating themselves … And as terrifying as it sounds people were glad to them …
It made sense that all the refugees there in Sofia wanted to leave … Either to Serbia, either to Romania, either to Turkey … Anywhere but Bulgaria.

Chapter VII – Gaziantep – Turkey

And I passed by the coast, where I crossed the cities of Antalya and Mersin where other camps were settled … I passed rocky mountains, coastal roads following the curve of the lands falling into the Egean See …

I slept three hours by three hours as I used to, to keep moving and to not lose the rhythm but even though … Turkey is a huge country … and I experienced it for long hours of driving …

I arrived at the school at Gaziantep late evening … I was naked, stinky and the only thing I needed was a bed and a shower.

I went straight to sleep after a little talk and presentation with Sabina, the head of administration and founder of the Salam school.

She’s a 35 years old young and energetic woman that could inspire a bunch of people.

What she basically did was to rent some flat here to host some syrian she knew, and then, when they realized that they had together the possibility to share their knowledge and to spread their goodness around in the decaying neighbourhood of the city, they start the incredible challenge of driving a refugee school by themselves.

Somehow to run a project like this one by yourself might be completely crazy and I don’t know how Sabina is managing to sleep as there’s soo many things to think about :

– Planning the lessons through the weeks with the different professors across the several floors of the school (which are basically 1st, 2nd and 3rd floor flats of the building) each professor of the Salam School have different lessons they’re teaching and different level of students they’re specialized to teach to but most of them were finally teaching to the 150 children all along the week.

– Taking care of the kids and their needs depending on their age, classes, families, social background etc … this wasn’t like a proper lesson as we use to givnormal schools but of course here the situation was completely different and following up the improvment of the students and their families as they get better (or worse), was a big thing to do. To make sure that the kids were in a good conditions to improve (making their life back home better, dealing with their family problems sometimes, making sure that their parents were OK etc …) was something crucial as the meaning of the school was to enable these kids to get clever and clever and to improve their life in the long run.

– Beside of the basic work of preparing the lessons, organizing the classes etc … Making sure that the school life was going well was something again incredibly time consuming as you had to look after many different things from the food supplies to the school furnitures, paying the rent to the three flats, paying the teachers and solving their problems if they had (as they’re refugees as well),  dealing with the money to make the school sustainable …

And more than these daily tasks, more specific things were of course happening that you couldn’t predict … like going to meet families, going to make profiles of new kids coming in the school, saying goodbye to the one who’re leaving to europe with their family etc … and personnaly, spending a week in the school and seeing all the work that has to be done on a day to day base was overhelming and mindblowing … something that I couldn’t do by myself.

But it seems like Sabina get used to it, and I never met a person so calm a gentle given the amount of stressfull questions and tasks she was facing everyday.

Of course she was surrounded by the school team, Akran and his family, Eva, Laure, Shareen, and all the other teachers .
Most of them where living in the building in the flats as they didn’t had any other places to go, any other way to sustain their families and as everyone was living in the same place, the salam school was for more like a family than a school.
Of course we all had our little space to rest and our privacy (the cultural differences between us were still strong and I think the privacy allowed us to deal with these differences and to leave and work together in harmony) …

And I enjoyed being part of this community, this group of good people, of friends and brothers, sisters, wife and children … This was like discovering a part of your own people that you never met before and I felt quite concerned about the whole …

And I think I couldn’t stay in Gaziantep without their support … The city was something too intense…
The town is the last one before Syria and even it’s still in Turkey, I felt like under pressure all the time. As if the war was happening here as well …
In the neighbourhood, it wasn’t rare to hear gunfights around, people shouting, arguing, fighting etc … That was somehow part of the daily life and you had to deal with it. You had to work through the tension … The fear of being robbed, beaten or whatever as the unsafeness of the area was as present as the smoke coming from the trashes and the dirty streets.
And you could feel the pressure and the presences of the war here … Isis was all around without any tangible proof of their presence but we knew they were here, like ghosts doing their business … Quietly, gently but as surely as the Isis governmental prison in front of our place was full of them.
And you could tell that half of the people you would cross on the streets was Syrian.
They were everywhere … Working, asking for help in the streets, selling cigarettes, tissues anything …
To live there as a refugee was a struggle… Many families could not afford to waste their time to educate their kids and they all had to work … Many of the children I’ve been talking to at school were either working after classes or left their work to focus on their studies … And most of them were not more than 9 years old …
You could then ask yourself how would you feel to be obliged to work ten or twelve hours a day to earn jut enough to struggle surviving … A six years old boy shouldn’t have to be harming his health working in the smoke of the companies and shops to live.
I couldn’t understand how the boss of these shops could sleep at night employing these children and fooling them, making money out of their difficulties.

Still, knowing the facts … We, at school, couldn’t interfere too much and to be too present in these people life even if we wanted so … As we weren’t allowed, as we could not sustain all of their problems … As the school was here mostly to give them education and to enable these kids to improve their life by themselves.

Chapter VI – Izmir – Turkey

First day in Izmir, Turkey.
First day out of Europe.
After crossing the border with some troubles (Turkish guards had somehow decided to bother with papers and administrative stuff) and driving 200 km further south, I arrived yesterday evening in the smoggy city.
The Turkish town has a 3 million people population and it looks somehow bigger than everything I saw till today, as I’ve been mostly experiencing small places, little cities and picturesque village …
So far it sounds completely different.

Sophie, a French expatriate woman welcomed me warmly in her flat, based in one the high districts situated on the hills surrounding the city.
I met Felipe, a Brazilian  web programmer, and Hassan, a young Syrian involved in the help for refugees in the town.

We spent the evening together, planning the actions we’re about to do the day after.
I needed a sleep after Lesvos … I fell asleep as deep as a dead.

The morning was quiet, sunny and somehow revitalising…
Sophie’ flat was the highest of her building and she was enjoying such a panorama of the place.
Coffee, cigarette and French discussions … I wouldn’t know that I would have enjoyed it that much and it made me felt in a much better mood.
Then we went to the city center by walking through the pier of the port … Passing through crowds, through the colourful and noisy Turkish markets, enjoying the smells of the culture, the sounds of the traditions and the music of the life … I felt surprisingly overwhelmed by peace, unconsciously feeling good, feeling displaced but at he same time experiencing joy and happiness … Something that I couldn’t explain quite well.

Then we met Felipe, Hassan and other people at a coffee to start our actions of the day.
So far, we’re going to meet the Syrian refugee families straight at their place as here, the situation was drastically different …
Here, the Syrian families could stay for long time … Somehow, crossing the sea was so expensive that some family were stuck here for years, trying to earn money to pay the smugglers … But earning barely enough to sustain their own family.
And we met families who were living in less the a ruin for years … Having nothing … Helpless, dying as slowly as the devastated building in which they were surviving.

Again, everything was different…
Different from Croatia, from Macedonia, Greece etc … Here we weren’t trying to help thousands of refugees to recover and to pass through one camp to another … We weren’t rescuing them from a terrible journey, wet, exhausted etc … We’re even not able to help that much people as they were scattered all over the place.
Here our tasks were to find a family, to talk with them to know their needs, their plan for the future, to check the place, the hygiene, the children etc … Making a list … Going to a warehouse where few donations were stored, going to buy food at the shops etc …and then coming back to the family to bring them the goods.

It was nothing but a volunteering work as you were somehow helping 3 or 4 families a day … We could barely do more than that and I felt helpless and sad for these people who’re leaving their beloved country and home just to face this situation … Leaving a death in Syria to die slowly in another way in Turkey …
And these homeless families, those poor people had no choice but to work in the streets, to collect an sell trashes, craft boxes … To sell cigarette and everything they could on the markets …

This was barely paying their rent … This was not enough for them to live … Crossing was just an utopia for them.

Being here in Izmir is again different from what I’ve experienced before.
The first thing is that we’re not in Europe anymore … stranger in a foreign country which is still remaining powerful but not part and not belonging to EU laws and rules is somehow  difficult as you both experience the aversion, the mistrust and the capability to the country you’re moving in to put you in troubles.
And Turkey doesn’t seems to give a fuck about the fact that you comes from EU, and I’ve been feeling weak and powerless for the first time since i was in India … you’re passport doesn’t mean nothing anymore … being French doesn’t make any difference in the way you’ll be received or whatever … it’s maybe worse in fact …
It seems like Turkey doesn’t want to have anything to do with Europe so far…

And I saw and tasted the power of its own culture, traditional background and history and yes … Turkey is another world…
The language,the writing, colours, architectures … the first contact with the country is a choc… and then you learn about the story, you learn about the religion, this huge topic in the Turkish daily life, taking place almost in its every aspect … Islam is not only heard five times a day at the priors, when the city start singing and whispering from everywhere, you also see signs of it all over the place, from mosques minarets to the Turkish flag’ white croissant displayed at almost every street windows …
The political maze of the country is also something disturbing and wired … Sophie told me about Erdogan, the AKP, PKK, The Kurdish problem, a civil war splitting the country, its population and its mindset in two parts …
Sophie also told me about the huge and heavy history of the country … from its main figure Ataturk, the one who create and improve the country in all field after the Ottoman empire fall in 20th century, to the great myth, stories and legend that cross the place and the daily life of the population …

And you realise that something different is standing here,facing Europe and our lifestyle somehow … and you start to understand, barely at first … but little by little, it becomes clearer, more precise and distinctive …

And we’ve been working hard, all together in the city.
All was different from the works in the camp :
First, our group wasn’t registered as an NGO and most of us had their own life, jobs etc … during the week.
So excepted Hassan, Felipe, Sophie and myself, the members of the group had to work from monday to friday and couldn’t really go on the field everyday on a 12 hours shift like in the camps …
Then, to be efficient, we needed to have some weekly planning that we’re scheduling during our tuesday meetings :
On the wednesday, we would spend the day going to meet new families in the Basmane district and the other Syrian area of the town ; that was something new … as you was not expecting refugees to come to you … you had to find them.
Once you was reaching one family, the second step was to get to know them, to learn about their story, to know how much were they, what was their profession back in Syria, when did they arrived in Turkey and if they wanted to stay here or to leave and if so with which money etc …. taking their phone number, their names, their ages, needs and whishes …. The whole process was taking time but was somehow crucial for us to know specifically in which way we could help them.
And you wouldn’t be able to focus on more than 6 families a day … and at the end of the afternoon, our three different groups used to collect information about 10 to 15 families not more … which was, honestly, already a fuck lot of work ahead ….
The second step was to collect during the thursday and friday, he specific needs we were about to bring to these families.
The listing of their needs and the sheets we filled the day before were by this time crucial, and that was enabling us to be precise and more efficient in the donations and goods we were bringing them.
One given family would have need clothes and not much food while another would asked for coal and medicines … every situation were different and we were going back and forth to the so-called “warehouse” to collect and sort clothes in bags, driving to the raw seller to get the precise number of food bags regarding the number of families we were giving this week, etc …
But we were also focused on their more precise needs like, repairing furniture, dealing with the educational problem for children, trying to set up school lessons, figuring out the best way for them to get official paper and to get a job or at least a money income …
Then the work as volunteer was becoming more and more social focused as we were setting up some workshop to teach them how to sew, getting them involved in teaching Arabic for kids, asking for syrian construction workers to help rebuilt disaffected house for other families, organising social dinner in refugees houses etc …
These activities were taking place all along the week, not only he saturday when wee were distributing the goods to the families, not only the sunday when we had dinner with them in their house … this follow up was based on  a day to day routine and was somehow becoming part of our life.
Little by little, we were creating a network through the chaotic situation …
All along the week we were going back to the families to follow up their improvement in what they were doing … and they became friends you could joke with … wave on the streets if you saw them … call to ask info etc …
something was emerging from the area, from our struggles to help, from their willing t carry on and not to give up … Here, in one of the most unwelcoming situation I,ve been experiencing, something was born and was about to grow … Humanity.

It sounds naive to call it that way but I can’t find another name to describe the atmosphere we were working in.
More than the tiredness, more than the cold, the pain, the weakness and sad melancholy we were passing through every day, we were, I truly believe, creating a warm bubble on which all of this desolation and helplessness was  becoming something good, something pushing everyone ahead.
Well, when things can’t be worse … it can only goes better …

And I whish this could last forever, I whish this could improve step by step, day after day till the end of the war, till the end of the crisis and the return to a normal descent life …

I haven’t been writing for a long time.

It sounds like I’ve been too busy and the last days in Izmir has been somehow tiring and exhausting.

We have been working with Hassan and Yshegul as we founded together a family in a so bad condition that we couldn’t help but to go straight to the hospital.

The daughter of the family was 9 months pregnant and couldn’t access to the hospital as she didn’t understood a word of Turkish or English.

Then, even if the hospital was supposed to take care about “emergency case”, they somehow didn’t considered that a 22 years old girl with a mature pregnancy and some needs for surgery to give birth wasn’t an “emergency”.

The hospital didn’t seems to considered as well that Halil the grand brother who has his two legs in a horrible situation and clearly needed a huge and specific operation as an emergency case either …

It’s funny that it’s always when you expected things to be quiet and easy that everything is green crazy and mad …

I expected to spend my last day planning the way to Gaziantep and to quietely pack everything before leaving … again that tells a lot about the uncertainty of the whole situation … The last day in Izmir was the paroxysm of the busyness as we’ve been dealing with the hospital crew to force them to receive the familly and to proceed to the caesarian that the girl needed to finally give birth to the little Bilal …we’vebeen running from family to family from neighbourhood to neighbourhood all over the city all day long, filling up taxi with entire families to rush to different places etc ….

At the end, I’m quite happy that we did that with Hassan and Yshegul and I’ll not forget what we’ve been through together … I’m proud to call them my friends like all the helpful and good people of the city ; Felipe, Yunus, The Hassan’ brother and sisters, Sophie, Angelique who’s been amazing host, Bara, Yasin, Ersin, Merve, Can, Chris and all the other that I’m forgetting for sure …

Then I left for Gaziantep, for the 20 hours drive ahead …